L’Almanach Vermot 1922: Triste fin d’un rat de bibliothèque

Charles Monselet (né à Nantes le 30 avril 1825 et mort le 18 mars 1888), poète délicieux et qui n’est pas dans l’histoire littéraire à la place qu’il mérite, avait – tel Pelisson dans son cachot, son araignée – un rat familier dans son cabinet de travail, quai Voltaire. Ce rongeur, à condition de respecter les volumes à vignette, avait le droit de dévorer les vieux almanachs royaux dépareillés ou quelques tomes poudreux de l’Encyclopédie.

Mais un jour tout se gâta. C’était au temps de la guerre de 1870 et, durant le siège de Paris, Monselet, un soir en rentrant chez lui, vit le rat, son rat se repaître de sa copie à lui, Monselet, de sa copie qu’il allait porter au journal. M. Le Notre a d’ailleurs raconter le drame. Subitement le bon Monselet vit rouge. Armé d’une pincette et d’un coupe-papier, il engagea avec son rat une lutte qui fut homérique ! Le rat, d’abord sans méfiance, se défendit avec l’énergie d’un désespéré : pourtant ce fut l’homme de lettres qui triompha. 

Charles Monselet en gastronome d’après André Gill.

Mais une fois en présence du cadavre de sa victime, il n’eut d’autres préoccupations, à l’instar, du reste, de tous les assassins célèbres, que de faire disparaître les  traces de son crime…Il prit du beurre qu’il mania de persil haché menu, en bourra le corps de son ami, qu’il avait d’abord dépouillé d’une main habile mais tremblante ; il l’entoura d’une tranche de lard rance et le fit cuire à petit feu pendant trois quarts d’heure. Puis les larmes aux yeux, il se hâta de faire disparaître les traces de son forfait.

Le rat était tendre, il n’en resta rien. Mais la nuit qui suivit ce festin fut grosse de cauchemars… Plus tard, lorsqu’il fit des aveux complet, Monselet racontait que sa conscience resta tranquille…Ce fut son estomac qui eut des remords.

Article du dimanche 19 février 1922

Voici quelques poésies drôles et gaies de ce poète méconnu

Le sonnet de l’asperge

Oui, faisons lui fête !
Légume prudent,
C’est la note honnête
D’un festin ardent.
J’aime que sa tête
Croque sous la dent,
Pas trop cependant.
Énorme elle est bête.
Fluette, il lui faut
Plier ce défaut
Au rôle d’adjointe,
Et souffrir, mêlé
Au vert de sa pointe,
L’or de l’œuf brouillé.

LE COCHON (Le plaisir et l’amour)

Car tout est bon en toi: chair, graisse, muscle, tripe !
On t’aime galantine, on t’adore boudin
Ton pied, dont une sainte a consacré le type,
Empruntant son arôme au sol périgourdin,

Eût réconcilié Socrate avec Xanthippe.
Ton filet, qu’embellit le cornichon badin,
Forme le déjeuner de l’humble citadin;
Et tu passes avant l’oie au frère Philippe.

Mérites précieux et de tous reconnus !
Morceaux marqués d’avance, innombrables charnus!
Philosophe indolent qui mange ce que l’on mange !
Comme, dans notre orgueil, nous sommes bien venus
À vouloir, n’est-ce pas, te reprocher ta fange ?

Pour tout savoir sur Charles de Monselet : https://fr.wikipedia.org/w/index.php?title=Charles_Monselet&oldid=55625083.

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