Destin de femme : Brunehaut reine d’Austrasie et de Burgondie (543-613)

Deux reines Mérovingiennes, Frédégonde (545 – 597) reine de Neustrie et Brunehaut (547-613) reine D’Austrasie et Burgondie, deux rivales qui s’affronteront tout au long de leurs règnes (près de quarante ans). Un contexte historique difficile de conquête du pouvoir, d’assassinats, de guerres…

En effet, Le VIe siècle en Gaule franque est marqué par les partages successifs qui ont eu lieu à la mort de Clovis (511) puis à la mort de son fils Clotaire Ier (561).

En 511 à la mort de Clovis : le royaume est partagé en quatre (ses enfants) avec pour capitales : Reims, Soissons, Paris et Orléans, et Toulouse.

En 561, Clotaire 1er le seul survivant, des enfants de Clovis qui a réussi à réunifier le royaume franc meurt d’une pneumonie. Aussitôt ses enfants partage à nouveau le royaume en quatre. Sigebert à Reims, Chilpéric à Soissons, Caribert à Paris, Gontran à Orléans, ce dernier royaume incluant maintenant le territoire burgonde (Burgundia, Burgondie, Bourgogne) conquis entretemps.

C’est dans ce contexte de conquête pour le pouvoir que ces deux reines Mérovingiennes vont s’affronter et tenter d’imposer leur règne. (lire Augustin Thierry Récits des temps mérovingiens (1840))

Brunehaut, trente-trois de règne et une fin tragique

«Belle, modeste, gracieuse, intelligente, généreuse, bonne, s’imposant par son esprit, ses traits, sa noblesse.» Venance Fortunat, poète latin

Brunehaut

La reine Brunehaut, princesse wisigothe puis reine des Francs (547 – 613) règne pendant 33 ans. Elle entretiendra des relations conflictuelles avec Frédégonde, sa rivale puis ses descendants durant tout son règne. Elle sera d’ailleurs condamnée à mort et exécutée de façon barbare par Clotaire II, le fils de Frédégonde en 613. Femme d’Etat, elle aura œuvrée toute sa vie pour construire une France unique et indivisible. 

Une reine influente

Brunehaut nait en 547, en Espagne wisigothique. Elle est la fille cadette du roi wisigoth Athanagilde Ier et est élevée dans la religion arienne (courant de pensée théologique des débuts du christianisme). Elle aura une enfance de fille de roi : cultivée, soignée, religieuse et stricte.

À 20 ans, en 567, Brunehaut est mariée à Sigebert Ier d’Austrasie, fils de Clotaire et petit fils de Clovis. Un mariage  » royal  » dans tous les sens du terme, le jeune roi souhaitant  » combattre la débauche, il s’était imposé un frein à lui-même et en se contentant des embrassements d’une seule femme, il contentait aussi l’Église « . Brunehaut devient donc reine de l’Austrasie et se convertit au catholicisme (la Gaule est presque entièrement catholique).

La jeune reine sait que pour assurer son  » avenir  » royal, mettre au monde un héritier est indispensable… En effet, tant qu’elle ne met pas au monde un fils son statut de reine reste menacé (loi salique seul un héritier mâle peut accéder au trône). Chez les Francs, si un souverain mourait sans héritier, ses frères se partageaient son royaume et enfermaient sa veuve dans un monastère. Mais si la reine mettait au monde un garçon elle pouvait
conserver certaines de ses prérogatives à la cour et même espérer participer à la régence.
En 570, Brunehaut donne le jour à un garçon, Childebert.

Brunehaut est une jeune femme intelligente et très vite elle se crée un réseau  » d’amis influents  » qui lui seront fidèles si jamais le roi devait mourir. De même, elle influe sur les décisions politiques de son époux qu’elle conseille (ce que lui reprocheront par la suite ses ennemis).

Frénégonde de Neustrie, l’ennemie permanente

Le règne de Bruhénaut sera marqué jusqu’à sa mort (martyrisée par Clotaire II, Fils de Frédégonde) par sa rivalité avec la reine de Neustrie qui n’aura de cesse de tenter de la détruire pour récupérer son royaume.

La mort de sa soeur Galswinthe

Le mariage de Sigibert avec Brunéhaut menaçant les possessions de Chilpéric, ce dernier décide d’épouser la sœur aînée de Brunehaut, Galswinthe afin d’éviter des tensions avec le royaume de son frère (il s’assure ainsi que le père de Galswinthe ne prenne parti pour l’un ou l’autre des deux frères). Bien que la jeune femme soit contre ce mariage, elle y est contrainte. Elle doit par ailleurs abjurer sa foi, la religion arienne. Mariés pour des raisons politiques les époux se détestent cordialement et Chilpéric délaisse sa femme pour les bras de Frédégonde, sa maitresse (toujours présente dans l’ombre) et qui espère bien se débarrasser de l’épouse afin de devenir un jour reine de Neustrie. C’est chose faite lorsqu’en 568, elle persuade le roi de faire assassiner Galswinthe. Une nuit, un esclave entre dans la chambre de la jeune reine et l’égorge dans son sommeil.
Brunehaut devant le meurtre monstrueux de sa sœur fomentée par Frédégonde voit en elle le visage de la cruauté et de la haine et, dès lors n’aura de cesse de détruire cette femme malsaine et dangereuse. Ainsi commence 40 années d’une haine que rien n’arrêtera sinon la mort de Brunehaut en 613.

La mort de son époux le roi Sigebert

En 575, Sigebert marche contre Chilpéric qu’il tient bientôt à sa merci. Mais deux tueurs envoyés par Frédégonde surgissent avec des couteaux empoisonnés et assassinent le roi.
Brunehaut restée à paris avec son fils apprend la nouvelle, et n’a que le temps de mettre son fils Childebert, héritier de son père, à l’abri avant d’être faite prisonnière. Childebert, qui n’a alors que cinq, est emmené à Metz, proclamé roi par ses soutiens et placé sous la protection de Gontran, Brunehaut, elle est envoyée à Rouen. Mais elle sait que le temps joue contre elle et donc très vite afin d’assurer le royaume à son fils, elle reprend son rôle de conseillère auprès Childebert II en assumant une image plus autonome de la royauté.

La 1ere régence (575-584)

Childeric II enfant

Brunehaut sait que sa condition de régente est fragile et donc elle va s’attacher d’une part à faire en sorte que personne n’oublie qu’elle est la veuve du grand roi mérovingien Sigebert et d’autre part se place sous la protection du roi des Burgondes, son beau-frère, Gontran.

Brunehaut est une fine politique et très vite elle réussit à obtenir de Gontran que la Burgondie restitue à Childebert la moitié des revenus fiscaux de Marseille, ce qui lui permet de renforcer sa popularité auprès de ses sujets en leur offrant de nouvelles disponibilités financières.

En tant que nouvelle régente, elle s’empare des pouvoirs régaliens, notamment en matière de justice et, en 584, l’autorité de Brunehaut reconnue dans l’Austrasie l’impose comme régente de son propre royaume.
Dès 590, la reine mère tient tous les postes clés de l’administration du royaume et s’impose ainsi comme la véritable maîtresse du Regnum Francorum ( Royaume des Francs, c’est le terme par lequel est désigné le territoire dirigé par les Francs du V siècle au X siècle) sur la scène internationale.

À la fin du VIᵉ siècle, la régente franque domine l’Europe barbare avec laquelle elle noue des relations  » amicales  » et réussit à entretenir une diplomatie occidentale indépendante de Byzance. À la mort de Gontran, c’est à Childebert II que revient le royaume de Burgondie. La fusion entre l’Austrasie et la Burgondie font de Brunehaut la détentrice d’un territoire correspondant à plus des deux tiers du Royaume franc, c’est dire son pouvoir.

Elle aurait pu lever des troupes contre ses ennemis Frédégonde et Clotaire II et les défaire facilement pour assouvir sa vengeance, mais elle accepte de tolérer leur existence à ses frontières tout en s’assurant de leur infériorité en cas de conflit.

La Decretio Childeberti

Une fois l’autorité de son fils mise en place, Brunehaut décide qu’il est temps pour le roi de moderniser, d’organiser la justice et la police dans le royaume, et d’instaurer l’égalité entre Francs et Gallo-Romains.

Le 29 février 595 est énoncée et publiée la Decretio Childeberti qui définit les bases d’un État souverain et d’une christianisation des usages au sein de l’état. Le texte fut largement inspiré par Brunéhaut, même si son nom n’est nulle part prononcé.

En matière de fiscalité et de justice là aussi Brunehaut se montre habile et permet d’éviter les colères et les rancœurs éventuelles du peuple comme des grands du royaume. Elle réforme l’impôt et « ménage la vie des individus, l’honneur des familles, les relations personnelles des Grands et les intérêts financiers du Trésor « .(Maxime Bollaert)

La seconde régence (595-602)

Childéric et son épouse

En 596, Childebert meurt empoisonné avec son épouse. Ses deux fils, Thibert et Thierry, respectivement âgées de onze et neuf ans, se partagent le royaume, Ce partage entre les deux fils brise de facto l’alliance de l’Austrasie et de la Bourgogne. Thibert reçoit l’Austrasie et Thierry la Bourgogne, tandis que Brunehaut est faite régente et s’installe auprès de Thibert à Metz.

Profitant de la mort de Childebert, Clotaire de Neustrie en profite pour lancer des offensives sur le royaume de l’Austrasie et de la Bourgogne. Brunehaut est prise entre deux feux : défendre le royaume contre son vieil ennemi et réussir à imposer son autorité en tant que régente face aux grands du royaume qui voit d’un mauvais œil d’être sous l’autorité d’une femme. Le duc de Champagne Wintrio, notamment, conspire contre Brunehaut après s’être déclaré en sa faveur. En représailles, la régente le fait assassiner en 598, un meurtre qui lui vaut la colère des grands d’Austrasie. Chassée par Thibert, elle se réfugie en 601 auprès de son autre petit-fils, Thierry II.

Régente de Bourgogne

À la cour du jeune roi de Bourgogne, Brunehaut place comme maire du palais son soutien favori, Protade, qui se fera assassiner deux ans plus tard par les grands du royaume opposés à la régente. Rapidement, un conflit éclate entre Thierry et Thibert pour le partage des terres de l’Alsace en particulier (attribuée à Thierry). Au cours de ce conflit, Thibert est tué, et Thierry devient roi d’Austrasie, mais son règne dure peu puisqu’il meurt à Metz l’année suivante, en laissant quatre fils.

Cette fois-ci, au lieu de diviser le royaume entre les quatre enfants de son fils Thierry, Brunehaut place sur le trône un seul de ses arrière-petits-fils, Sigebert II, qui n’est alors âgé que de douze ans. Une stratégie qui lui permet de conserver l’unité du royaume et sa force. Mais les soutiens à la régente se font rares et son autorité de plus en plus contestée au sein des grands de la noblesse d’Austrasie amène une partie d’entre eux à la révolte, allant même jusqu’à prendre le parti du roi de Neustrie Clotaire II, le fils de Frédégonde. Privée de soutiens, Brunehaut n’a d’autre choix que de fuir, mais elle est arrêtée en 613 et livrée à Clotaire. Sigebert II et ses frères sont également arrêtés.

Le roi de Neustrie, fils de Frédégonde trouve là, sa vengeance longue de près de 40 ans et fait exécuter Sigebert II et son frère Corbus, tandis que leur frère Mérovée est lui envoyé en exil.

La fin et le martyr de la reine Brunéhaut

Tout a sa haine contre Brunehaut il la livre à ses soldats, plus la fait torturer durant trois jours pendant trois jours avant de la faire exécuter publiquement de manière particulièrement brutale, en l’attachant à la queue d’un cheval sauvage. Son corps est ensuite brûlé. Elle sera enterrée à l’abbaye Saint-Martin d’Autun qu’elle avait fondée elle-même. Ainsi s’achève une vengeance qui durant près de 40 ans entre deux reines que tout opposait et qui déchira le royaume des Francs celle de Frédégonde la sanglante et Brunéhaut la femme d’etat.

Liens utiles

Sources : L’histoire par les femmes, Hérodote, Encyclopédia universalis, divers articles de journaux ( le monde, le Figaro) vidéos et audios et  » travail du droit et des institutions » de Maxime Bollaert pour la partie régence.https://www.herodote.net/Une_femme_d_Etat_meconnue-synthese-2295.php

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