Janine Martin Sacriste – Mémé Fontaine

Mémé Fontaine,
ton petit chignon de maigres cheveux posé sur ton cou de reine
ton éternelle robe noire à fleurettes mauves
recouverte de ce tablier usé non moins éternel,
Mémé Fontaine, je ne peux t’oublier
tu as si joliment colorié
ma petite enfance.
N’oublie jamais que ce n’est pas ta grand-mère me disait Mère,
lors de mes retours quotidiens
de l’autre côté de la rue,
le côté ensoleillé de la rue
plein Sud
coloré, parfumé, généreux.
Ton mari sentait le fromage de chèvre, le foin et la bonne humeur,
parfois,
un coup de piquette de trop
lui mettait la larme à l’oeil
alors, je me blotissais contre lui
mémé Fontaine m’avait raconté, la mort de la petite Flora, tombée dans la mare, en hiver.
Mère ne connait pas ces chagrins là
sinon, elle m’en parlerait n’est-ce pas ?
Les enfants peuvent consoler les grandes personnes, je le sais.
Pépé Fontaine est mort un matin de Novembre
et tu es partie dans une autre rue
loin de mes jambes d’enfant.
J’ai treize ans,
je t’ai retrouvée Mémé Fontaine
je pédale comme une folle pour avaler les dix kilomètres qui séparent nos deux rues
ton petit chignon s’est ratatiné sur ton cou de reine
ta vieille robe révèle ta maigreur
tu es devenue si petite !
Ce jour là j’ai grandi d’un coup et compris le sens du mot « précarité « 

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