« Comme Narcisse », la chronique » sociétale » de Grady MUGISHO : 𝗙𝗮𝗻𝗻 𝗔𝘁𝘁𝗶𝗸𝗶 Mampouya , Grand prix voix d’Afrique 2021 : « Cave 72 » Ed. J.C Lattès.

A 29 ans, le slameur 𝗙𝗮𝗻𝗻 𝗔𝘁𝘁𝗶𝗸𝗶 Mampouya né à Pointe-Noire(Congo Brazzaville) remporte le prix littéraire Voix d’Afriques avec son premier roman, « Cave 72 ».


À la « Cave 72″ – un bar tenu par Maman Nationale, ancienne vendeuse de beignets dont le commerce a grimpé en faisant crédit aux étudiants, Didi, Ferdinand, Verdass, trois jeunes amis communistes qui ont cassé leur stylo après le bac, viennent dans ce coin idéal pour se noyer dans l’alcool, envier ceux qui vendent le plaisir de la chair, discuter des livres en évoquant des auteurs à l’écriture vertigineuse, comme Dongala, Péguy, Barthes, Nietzsche…, mais aussi pour oublier leur quotidien de bas étage dans un pays – Congo-Brazzaville- chorégraphié par les coups bas et autres bordels orchestrés, sur l’avenue surnommée  » La rive de Pandore « , par les habitants la nuit où le soleil ‹‹ se cache pour pleurer l’absurdité des hommes ››.

Les prostituées, les Églises de réveil ( des moustiques donc )… composeront, en arrière plan, ce tableau qui nous rappellera sans cesse l’atmosphère baroque, épique de  » Tram 83 « , premier roman de Fiston Mwanza.
En voyant ces jeunes clients loyaux couper des bières avec des gestes altiers, Maman Nationale, heureuse, ne résistera pas à ce charme : ‹‹ ça c’est des hommes qui savent rendre hommage à la vie ››. Rendre ainsi hommage à la vie signifie pour eux : ‹‹ buvons, car demain il nous faudra mourir ››, pour un peu revenir à la bible, image de leur insolence, ‹‹ simplicité de l’existence ››, qui crache sur demain.

Sauf qu’au moment où nous rencontrons nos trentenaires, les choses vont tourner au vinaigre. Un cadavre – un client qui a soulagé son gosier au bar il y a quelques heures- sera retrouvé le soir même dans une voiture BMW garée devant la Cave 72. Et c’est le début du calvaire de ces jeunes puisqu’ils sont d’abord soupçonnés d’être à la base de ce meurtre, ensuite entraînés dans une danse absurde qui ira même à pousser les autorités à fermer la  » Cave72 « .

Et là, c’est le tollé face à cette absurdité sans tête ni foi. C’est là où on entendra la voix révoltée du peuple pour s’opposer à l’arrestation des jeunes et la fermeture du bar : ‹‹ toko kende té e! Toko lala awa! Ba boma biso, CPI ayoka ›› ( Nous ne partirons pas, qu’on nous tire dessus et que la CPI l’apprenne, en langue lingala). Braver l’armé a aussi ses conséquences quand on oppresse la population lors de la moindre manifestation, quand le  » Guide Providentiel « – un regard satirique sur les présidents Africains – gère le pays de main de fer.

Mais est-ce réellement ces jeunes qui ont commis ce meurtre ou est-ce qu’il y a un marionnettiste derrière ce tableau sombre qui veut simplement qu’ils portent le chapeau ? Mais pourquoi y aurait-il un marionnettiste ? Quel projet se trame en réalité ?

Fann Atiki signe là un premier roman empreint de poésie entre tragédie, satire et enquête policière. Un premier roman qui dessine ( coup de chapeau ! ) un pays dont l’absence de perspective est alarmante, dont les problèmes de démocratie, d’économie persistent depuis l’annonce de l’indépendance…, dont les affaires personnelles iront jusqu’au sommet de l’État pour finir dans un bain de sang.
Un roman, heureusement que c’est le premier, dont le style tire surtout ce qui bouge mais pose là de belles perspectives d’un auteur à découvrir et à suivre.

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