Sarah Pierre-Louis – Un tour en forêt

La planète G agonise sous les ordures, les dérivés de chimie organique, les vieux matelas et les sieverts. Les jeunes meurent de protubérances à croissance rapides, les vieux croient avoir rêvé un temps où végétaux et animaux non beaupifo-bipédains existaient en dehors des serres, jardinières, parcs urbains et fermes à ciel fermé. mais pas grave ! La plus part des beaupifo-bipédains réussissent à ne pas trop penser en se pressant dans les centres commerciaux, les stades, les réseaux immatériels : acheter, jouer, crier, se congratuler, s’insulter… On s’évade.

Mais certains réfléchissent.

Au Centre de Concertation Cachée (CCC), on a même trouvé. 3 Gédéon, les tests d’intelligence sont formels : toi seul pourra supporter ce voyage dans un si lointain passé sans être aplati comme une crêpe ou tout simplement anéanti. Tu pourrais même rajeunir, veinard ! Et même pas qu’un peu, car nous t’envoyons il y a bien longtemps…Tu arriveras en bonne santé à cet endroit-même, mais il y a 3.352.332 ans et demi : c’est ici et alors que le premier porteur (pp) du gène R14-112 a été repéré par nos sondes rétro temporelles. Ta mission est simple, finalement, de quoi tu te plains ? Tu le tues avant qu’il procrée. Donc dans son enfance, c’est plus sûr, car en ces temps…ils étaient précoces pour ça. Facile. Puis tu remontes dans l’appareil (il devrait tenir le coup). C ‘est tout. Tu reviendras une ou deux secondes après ton départ, et tu seras tout neuf ! Débarrassé de ce fichu gène R14-112, qui entrave l’expression de nos dons artistiques et altruistes, et favorise notre avidité et notre curiosité technologique fatale ! Que dis-je ? Non débarrassé, mais dépourvu : personne ne l’aura jamais eu, ce gène ! Le PP ne l’aura jamais transmis, étant mort bien avant de l’avoir eu…Nous serons tous issus de la population originelle des beaupifo-bipédains. Laquelle, et de ça nous sommes sûrs, restera pure, car toutes les recherches en physicochimicomicrobiologie démontrent que le R14-112 ne peut provenir ni d’une mutation, ni de l’introduction d’un bout de virus dans notre génome. On ignore comment ce gène est apparu. D ‘ailleurs on s’en fout : il suffit de connaître cet unique PP, et les lieux et temps de son enfance. On te règle cette promenade de santé au jour de ses sept ans, tu le tues, tu reviens, et on en parles plus « .

Gédéon, potentiel sauveur non seulement des beaupifo-bipédains mais de la planète G toute entière, se glisse dans l’engin translucide qui va l’emporter autrefois…

Il perd connaissance. Il se réveille meurtri, allongé sur de grosses choses dures arrondies. Au-dessus de lui, un plafond bruissant, mouvant, vert et brun. » Des cailloux…et des arbres ! », se dit il en se relevant, content de savoir nommer les éléments de ce paysage étrange. Et ça y est, ça lui revient ! Il est dans une … » forêt « .C ‘est son anniversaire il a sept ans. Pour fêter ça ses parents lui offre une visite exceptionnelle au Parc de Préservation du Milieu Naturel.

mais pourquoi l’allée qu’il suivait avec ses parents a-t-elle disparu sous ses pieds ? Où sont ses parents ? Et les autres personnes du groupes, et les guides ? Pourquoi est-il tout seul ?

Gédéon renifle, de son grand nez élégant et patatoïde, tachant de ravaler les larmes qui débordent de ses grands yeux noirs, miroirs d’obsidienne… Puis ses oreilles coniques s’agitent : des voix beaupifobipédiennes… Des gens ! A travers ses larmes, Gédéon voit un visage bienveillant et inquiet se pencher sur lui…Il ne comprends rien à ce que la gentille dame lui dit. Ce ne sont pas des gens de son groupes ; ceux-là sont à peine vêtus, ils n’ont ni appareils phot, ni téléphones, ni tablettes…

Il faudra quelques mois à Gédéon pour comprendre ses nouveaux parents et s’en faire comprendre. Pour oublier les escalators, les véhicules autonomes, écrans tactiles. Oublier qu’il n’est pas d’ici. Pour apprendre à cueillir, chasser, pêcher, construire des huttes, tailler des javelots…Il est vraiment doué pour tout ce qui est fabrication et même conception d’objets. Il devient grand et fort, avec vraiment un grand beau nez, qui plait aux filles. A Ghia en particulier, sa chérie, la mère de ses nombreux, la grand-mère de ses très nombreux descendants. Tous doués pour le activités technologiques Au CCC, on a renoncé à son retour ; on s’oriente vers de nouvelles recherches.

Sauver ont-elles la planète G ?

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