Pascal Depresle – C’était bien une histoire d’amour

C’était bien une histoire d’amour
Mon amour
Puisque tu me l’as dit
Puisque j’en rêve encore
Parfois
Une histoire d’amour
Sans doute une stature trop ambitieuse
Pour notre époque qui n’aime que le médiocre
Pour nous aussi qui revenions de loin
Comme ces fameux africains des bataillons
Qui s’en allaient chantant vers une mort certaine
Bourrés de rhum et de certitudes que leurs chefs
Avaient la science infuse.
Nous ?
Nous, nous explorions encore les nombres
Qui se raccrochent aux lettres de je t’aime
Nous rebranchions des fils que nous pensions perdus
Mais qui redevenaient vitaux
De se sentir vivants jusque sous notre peau
Sans besoin d’électrodes plantées
Au profond de nos chairs
Ni d’ordres à recevoir de ce qu’il est de faire
Qui soit la bienséance ou tout autre morale
Même les chiffres vivent entre eux des histoires
Qu’on ne raconte pas aux petites filles
On leur préfère le loup mangeur et assassin
Plutôt que d’aller faire un tour du côté de la vie
A recoller des failles qui n’ont plus de lumière
A en fendre soi-même de bien belles
Toutes neuves
Pour que transperce enfin le jour
Pour que vive la lumière
Celle des humains et de la Terre
Je me suis rendu ce matin dans cet endroit de moi
Gardien de tous mes souvenirs
Sans que le portail grince une seconde
Sans le bruit de pas gênés sur un gravier de rivière
Déposé pour donner l’impression de broyer le chagrin
Quand on y pose pied de son bruit concasseur
J’ai déposé sur nous non pas des fleurs coupées
Mais un morceau de houx qui restera altier
Pour ne pas oublier
Pour ne jamais mourir
Lui qui enraciné aux premières lueurs de sa première année
Pourra aux promeneurs venu le caresser
D’être si beau encore en habits verts et rouges
Oui, madame,
Oui, monsieur,
N’ayez nulle tristesse puisque moi j’en suis né
Je n’ai rien à cacher qui ne puisse nuire au beau
Et je dois bien vous dire
Vous que je vois nouveaux
S’il est une certitude qu’il faut bien vous offrir
Ci-gît deux solitudes qui s’enlacèrent un jour
Et des nuits souvenirs que je garde pour moi
Même s’il n’est plus leur temps
Même s’il n’est plus leur heure
Je peux vous confesser sans trahir la parole
Que je n’ai pas donnée
C’est qu’ils se sont aimés

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s