Catherine Balay – La Fille Qui Avait Peur De Son Ombre (3)

Devant sa porte d’entrée, elle trouva une petite fille qui pleurait et qui disait son prénom avec insistance. Il y avait aussi son frère Gontrand. Manifestement quelqu’un l’avait prévenu qu’elle ne sortait pratiquement plus et que ça ne tournait plus rond. Ils tombèrent dans les bras l’un de l’autre et se demandèrent pardon.

Puis Lina se serra contre elle. Celle-ci sentit son odeur, goûta à ses larmes, la tint contre son cœur.

« Tata Nathalie ! » dit la petite qui pleura à chaudes larmes.

Nathalie se leva, plus haute que toutes les ombres du Monde.

Elle avait quelqu’un à protéger. Mais vraiment, pour de vrai, de vrai, de vrai.
Nathalie entoura Lina de ses bras et la lova contre son corps et son ombre prit elle aussi Lina tout, tout contre elle.

Nathalie se sentit utile. Nathalie n’était plus partagée : elle n’avait plus à prendre son ombre pour une proie. Ni à prendre la proie pour l’ombre.

Nathalie regarda devant elle.

Il y avait Lina qui prononçait son nom.

Elles allaient de concert, l’une et l’autre.

Une symphonie s’écrivit au Je singulier… Je n’ai plus honte d’exister, plus peur d’exister. Je ne contrôle pas tout et c’est très bien.

J’ai le droit de m’extraire, de fermer les yeux, de regarder à l’intérieur : peut-être parfois est-ce plus beau ?

J’ai le droit d’aimer et de me sentir exister dans les yeux d’un enfant qui me voit. Et qui n’a pas peur de moi. Je n’ai plus peur de moi.

Nathalie et Lina marchèrent et marchèrent sur le chemin de la forêt, de la rue, de la ville et des bois.

Elles allèrent dire bonjour à Monsieur Mamadou, qui offrit un caramel à Lina. Nathalie lui dit merci. Cela faisait des lustres qu’ils ne s’étaient pas regardés. Monsieur Mamadou lui dit en riant : « Je le savais que vous iriez mieux, mademoiselle Nathalie !!! Je l’ai vu dans le marc de café » et ses yeux lancèrent des éclairs de joie, ainsi qu’une petite étincelle de quelque chose d’autre et qui plut à Nathalie.

Puis, elles allèrent toutes les deux acheter des fleurs à mademoiselle Chrys. Celle-ci accueillit Nathalie et sa nièce à bras ouverts. Elle cria, s’exclama, fit un raffut du tonnerre de Dieu et Nathalie devint cramoisie. Mademoiselle Chrys jura ses grands dieux qu’elle avait été à deux doigts de faire fracturer la porte de Nathalie.

Nathalie et Lina cheminèrent main dans la main et leurs jambes se balancèrent et leurs bras battirent le rythme.

Et leurs ombres suivirent le mouvement.

Un rire fuse soudain et s’extrait de ce balancement de métronome.

C’est la vie.

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