Marion Lubreac -Absolution (micro nouvelle horrifique)


Il agrafa autour de sa taille une ceinture de bave et de bile, bomba le torse et enfin prêt, il se mit en route. Les nuages s’étaient levés et les pointes rocheuses et aigües des montagnes se dessinaient nettement dans le ciel gris pâle. Le vent soufflait encore par instant, et une petite pluie fine se mit à tomber. Fénia Fébor, de retour au vallon, pressa le pas.
Il y avait trente jours et trente nuits qu’il marchait ainsi, essayant de retrouver d’après de vieux souvenirs la route que Fléchereau lui avait indiquée. Fléchereau semblait un être vil et sournois. Ne l’aurait-il pas trompé ? Fénia Fébor marcha plus vite. Il se trouvait dans un endroit d’herbe rase, presque cuite par places.
Il se mit à faire très chaud, et comme il passait près d’un arbre au lourd feuillage, il s’arrêta pour se reposer. Assis à l’ombre il pensa à Fléchereau, le coupable. Comment avait-il pu se laisser prendre ? …En vérité, il n’était pas dupe. Il savait que Fléchereau était en ce moment caché, espionnant ses moindres gestes. Fénia chercha par déduction en quel endroit ce fat de Fléchereau pouvait être caché. Brusquement, il se jeta par terre et Fléchereau, surpris, tomba de ses épaules où il s’était agrippé. Fébor lui posa le pied droit sur la poitrine et l’ayant de ce fait immobilisé, il lui jeta un lourd regard de reproche et d’amour et s’écria :
« Traître, félon, comédien ! Tu croyais me tromper, misérable lâche ! Tu vas maintenant voir comment je punis les larves de ton espèce ! »
Sortant de sa poche un lourd poignard effilé, il se le plongea six fois dans le creux de l’estomac, en soutenant de son regard fort l’attention de Fléchereau qui ne pouvait bouger. Dans un long râle absurde, Fébor s’écroula dans son sang. Fléchereau, au désespoir, sauta sur ses pieds et tira de toutes ses forces sur le poignard planté profondément. Mais il ne put l’ôter.
Dans un haussement d’épaules, furieux de son erreur et de sa petitesse, il s’éloigna vers l’Est :
« Noble cœur, je ne t’ai pas compris »
Je me condamne moi-même à errer comme lui, jusqu’à trouver ma voie. Je me sacrifie et je me fais récipient de son âme.
Fléchereau mêla son sang à la terre noire du val, six heures après son crime, à la pleine clarté de la lune de juin.

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