Pascal Depresle – Dis, quand reviendra le temps des lilas ?

Quand reviendront ces odeurs qui nous enivreront, ces mêmes odeurs que nous trouvions si forte, voire entêtantes les autres années ?
Aux premières jonquilles verrons nous déjà des sourires se dessiner sur nos lèvres encore gercées par la froideur impitoyable de la vie ?
Je l’espère de tout mon cœur, et pout affronter cet hiver, ce dernier hiver d’avant, puisqu’ensuite tout deviendra après, j’ai fait quelques réserves pour tenir dans le mauvais temps, comme un petit cheval blanc, qui allait seul devant.
Qu’y a-t-il au fond de mes poches ? Deux ou trois bricoles, une boussole pour garder le cap, une pomme d’ami, pomme d’happy new year sans doute mais qui ne servira pas, une photo de nous beaux, oui, une vieille photo, si tu le dis, quelques bonbons dont tu raffoles tant, un certificat de non-gage de notre non-engagement mutuel, deux noix, pour que leurs coquilles nous fassent voguer jusqu’à Cuba, Valparaiso, le canal du Berry ou la Sioule, selon le vent, une couverture de tendresse, du moins je l’espère, je ne connais pas ne nom des étoffes, pour les jours de grande solitude, un exemplaire d’un amour de Swan sur lequel j’ai changé le prénom, deux ou trois madeleines du même pâtissier, qui fait aussi des biscottes, pour qu’on ne se méprenne pas, des litres de larmes et des bocaux de rires, des photos de coiffures confitures, des sous-vêtements si légers qu’un moindre regard ils me faisaient m’envoler.
Grandes sont mes poches, je le sais, et la liste est loin d’être terminée, et qui sait si je n’emporte pas cette lampe pour éclairer le chemin ou cette fusée de détresse pour nous en faire un feu d’artifice unique ? Oui, sans doute, mais il ne faut pas que j’oublie le rire des enfants, leurs sourires édentés qui éblouissent nos yeux une fois fermés, ces petits bobos que nous avons guéris avec nos souffles magiques, le souvenir de nos animaux qui furent, l’amour de ceux qui sont. Oui, j’ai pris les encouragements de nos amis, en double exemplaire, si je dois en brûler un pour nous chauffer le cœur, moi l’auvergnat.
Un inventaire ? Mais pourquoi faire ? Nous n’aurons sans doute pas besoin de tout, mais j’ai pris ce poème de Prévert, et Le Petit Prince au cas où tu me demandes de te dessiner quelque chose, car en dessin, tu sais, moi ….. Oui, je suis prêt, bientôt, il me faut juste un peu plus de temps que toi, qui est prête depuis déjà longtemps. Et encore, je ne me maquille pas ! Laisse moi quelques seconds pour prendre par la main mon Sénateur bleu, cet ours en peluche qui berça mon enfance et qui connaît tous mes secrets. J’ai tellement de choses à lui confier durant cette traversée, tu sais, plus de trente ans d’abandon, il va falloir l’apprivoiser à nouveau.
Les rares photos de nos parents aussi.
Alors nous sommes prêts.
Non, ne fermons pas la porte, tu sais bien qu’elle est toujours grande ouverte, même si personne n’y vient guère. Peut-être abritera-t-elle d’autres qui se seront perdus, ou qui en auront plus besoin que nous.
On ne se redit pas une dernière fois qu’on s’aime.
Nous avons tout le temps qui mène aux lilas.

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