Jo Cassen – Que chante le caniche


Ils sont morts ce matin, morts d’avoir voulu croire ;
Du berceau de ce monde, étrangers au bonheur,
Portés d’un fol espoir, combattants du malheur,
Ils avaient bourlingué sans rechercher la gloire.


L’esquif aux cent dangers, ballotté, dérisoire
Un périple dantesque exacerbant la peur,
Aux abois, mais si fiers, ils bravaient la terreur
Ils ouvraient grand les yeux au fond de la nuit noire.


Ils ont été trompés et trahis sans vergogne,
La raison du plus fort, allez-donc voir ailleurs,
L’herbe sera plus verte, oubliez la frayeur,
Votre présence nuit quand passe la cigogne !


En ce pays fantasque où s’empilent gigognes
Les taxes, les impôts, chimères d’orpailleurs,
Où notre Opale côte exclut les resquilleurs,
On ne veut plus d’abris, de couvrantes vigognes.


Le peuple souverain, jaloux de sa puissance
Etouffe la pitié, chaque cri sonne vain,
Le hideux, le pouilleux, bien sûr il s’en convainc,
Va quitter notre sol, il nous doit la décence.


Et le discours flatteur parle de renaissance,
De l’effort de chacun, du fertile levain
D’enchanteurs lendemains, de crainte du ravin ;
Et le gentil benêt jure l’obéissance.


De tout temps, en tous lieux, sur cette terre riche
Fatuité des uns, sordide lâcheté
Mollesse du quidam, vulgaire mocheté
Ont entraîné toujours la vertu vers la triche.


Hanté par l’égoïsme, on regagne sa niche,
Et l’on reste entre soi pour fuir le tacheté,
Le romani voleur, gris, black et moucheté;
Mais demain sera beau, que chante le caniche.

De Charybde en Scylla Recueil « Horizons dans la brume »

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