Thierry Mathiasin – Ces rivières dans la tête qui ne s’assèchent jamais…

Ces rivières dans la tête qui ne s’assèchent jamais avec ce goût de boue sur les lèvres,
le sable vaseux des yeux, les veines enchevêtrées dans une matrice éventrée obstruant la gorge quand des poches de cris étouffés hantent son lit, déposant des pierres insouciantes sur la berge des vies dévastées
Des larmes ruisselant entre des mains qui n’ont pu rien retenir et regardent, impuissantes, dériver tout ce qu’elles avaient bâti, des pans entiers d’espoirs s’effondrer le temps d’une nuit
L’île s’est réveillée péniblement sous le poids du silence avec à chaque extrémité de son corps des arbres en berne, des racines bravant le ciel, des rues méconnaissables à la peau déchirée que foulaient des âmes en peine, quêtant un souffle sur le visage défait des maisons
Ces amas de tôles sur lesquels que seule la voix tremblante des sinistrés fait onduler, le souvenir de ce qu’ils avaient habité, la rage contenue des blessures, celles aussi qui n’avaient pas cicatrisé
La mort a installé ses quartiers partout, tournoyant autour des gestes, de cette oralité où les hommes et les femmes de ce pays puisent un peu de réconfort, faisant peuple dans une terrible solitude
La fatalité n’a jamais été un trait de son caractère, mais elle est venue enterrer un homme sans qu’on puisse dénombrer tous nos morts sans sépultures, nous laissant nus comme au premier jour avec nos espérances fragiles et notre capacité à résister à tous les coups du sort
Il n’y aura jamais aucun comptoir pour faire taire notre blues ancestral, ni quelque décompte géométrique pour nous faire oublier la mer ou regretter les mornes qui surplombent notre quotidien, à acclamer les jours nés sur le bord d’un gouffre, là où un grand papillon à déployé ses ailes
Ces rivières, nous les avons tellement intériorisées qu’elles ne peuvent être la cause de notre malheur,
elles nous pleurent à notre insu en projetant par-delà l’horizon des catastrophes dont nous ne reviendrions jamais, en défigurant cette nature dont nous sommes viscéralement constitués
Elle n’a la prétention d’aucun ministère défilant en visite éclair, parce que la foudre, nous la connaissons bien, tout comme le vertige de vivre sans savoir de quoi sera fait demain…

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