Les contes de Carmen Montet -Perdu dans la montagne

C’était presque l’été. Gabin habitait un charmant village de montagne aux maisons de pierres et aux toits d’ardoise. Les cheminées étaient remarquables par leur hauteur et leur couverture d’ardoise.

Les transhumances avaient eu lieu et la montée dans les alpages avaient attiré des touristes et de nombreux curieux ce dimanche de juin.

Gabin aimait les troupeaux et les bergeries. Son père était berger tout comme les hommes de sa famille. Il aimait arpenter les versants abrupts avec les brebis, les moutons et les chiens.

Son père resterait dans le refuge pour des semaines. Gabin bien malgré lui, avait dû redescendre au village, avec de sa mère et de ses deux grandes sœurs.

L’école était en vacances pour quelques jours et Gabin se languissait de son père et du troupeau.

-Maman, puis-je retourner auprès de papa un jour seulement ? Il n’y a pas école, il fait beau et je m’ennuie  !

-Pas question !

-Je te promets de redescendre avant la nuit  !

-Cesse de gémir ! Tu ne peux retourner aux pâturages seul et tu le sais !

-Mais je connais le chemin !

-N’en parlons plus !

Gabin alla trouver le vieux Matéo qui avait été berger jadis.

-Matéo voudrais-tu m’accompagner dans les alpages jusqu’au refuge de mon père !

-Et qu’en dit ta mère ?

-Elle ne veut pas que j’y aille seul mais si tu m’accompagnes elle dira oui !

-Mais c’est que mes pauvres jambes m’empêchent à présent de faire de telles montées  !

-Tu peux m’accompagner un bout de chemin et revenir ici !

-Et je te laisserai seul ? Je mentirai à ta mère ?

-Caillou m’accompagnera : il est un champion de la montagne. Je t’en prie ! Il fait si beau !

Caillou était un patou un chien gardien de moutons . Il était aussi fort que gentil .

-Je vais réfléchir ! Ajouta Matéo.

Le lendemain, Gabin retourna refaire sa demande à Mateo. Mais il n’y avait personne chez lui, sauf Caillou qui fut ravi de le voir. Sur la table de la cuisine, Gabin qui avait appris à  lire dans l’année,  déchiffra les mots que son ami Mateo  avait laissés à l’intention de la dame qui venait  faire son ménage  : 

« Je m’absente.Je suis de retour vers 16 heures « !

Gabin saisit cette occasion et accompagné de Caillou retourna vers sa mère et s’écria   :

-Maman, maman, Mateo m’accompagne aux alpages, avec Caillou. Tu es d’accord ?

La jeune femme sortit :

-Où est Mateo ?

– Il va chercher son bâton ! Alors, tu es d’accord ? On mangera avec papa .On est de retour vers 16 heures !

Et sans qu’elle ait eu le temps de répondre, le bambin se mit à courir en direction de la maison de Matéo, Caillou à ses trousses.

L’enfant grimpa allégrement les versants pendus si raides. Le chien aboyait, voyant les marmottes effarouchées se cacher derrière les pierres, et les rapaces voler tout près d’eux. Le refuge était à deux heures de marche. Le soleil brillait de mille feux. Gabin s’arrêta au pied d’un torrent pour s’abreuver. Les papillons virevoltaient à droite, à gauche … Arrivés devant un croisement, deux sentiers se dessinaient. Gabin hésita et allait prendre le chemin de droite, lorsque Caillou s’élança sur celui de gauche.

– Attends- moi !  S’écria Gabin

Caillou poursuivait un lièvre blanc. Il ne peut l’attraper …

La bête et l’enfant continuèrent sur cette piste. Gabin était persuadé que c’était le bon chemin.Au bout de deux heures de marche, l’enfant ne reconnut  pas le paysage et ne trouva pas le refuge.

-Bah, on est monté trop haut ! Dit-il au chien ! Redescendons !

 Au bout d’une heure,  Gabin épuisé, s’assit au pied d’un grand sapin.

-J’ai faim ! Dit-il pas toi ?

-Oui ! Ouf ! Approuva Caillou

-Tiens des airelles et des fraises des bois ! Magnifique !

Le bambin fit sa cueillette et, s’allongeant à l’ombre, s’endormit. Lorsqu’il se réveilla, l’après -midi touchait à sa fin.

-Revenons sur nos pas ! Proposa t -il à Caillou. Je crois qu’il est trop tard pour aller voir papa. Il faut arriver avant Matéo . Demain je retournerai voir papa !

Hélas, Gabin ne retrouva pas le chemin ni Caillou.

Déjà le soleil déclinait, et la nuit tombait.

-Il faut retrouver notre chemin ! Pleurait Gabin. Maman va se faire du souci !

Ils avaient beau marcher… Marcher…ils étaient bien perdus dans la montagne. À bout de force, Gabin s’effondra sous un épicéa et Caillou se blottit contre lui.

L’aigle les survolait, tandis que des chevreuils les observaient. Un bouquetin s’approcha d’eux , étonné de leur présence. Les chamois, sur la crête d’une colline, venaient de cesser leur galopade et restaient plantés là   comme des statues.

L’enfant et le chien s’endormirent.

Au village, après seize heures, la mère de Gabin se rendit chez Mateo pour récupérer son fils. Il n’était pas là. Elle lut le mot laissé pas celui-ci et rassurée,  rentra chez elle, convaincue qu’ils étaient ensemble.

Vers dix-huit heures, ne voyant pas revenir Gabin, elle retourna chez Matéo et eut la surprise de le voir seul :

-Et Mateo qu’as-tu fait de Gabin ? Il est resté dans les alpages avec son père ?

-Gabin ? Les alpages ? Mais je ne l’ai pas vu de la journée. Je suis parti en ville pour des documents et je viens tout juste de rentrer !

La mère éclata en sanglots

-Il m’a dit ce matin que tu l’accompagnais au refuge !

-Hier Gabin est venu me demander de l’accompagner  pour voir son père, mais je lui ai dit que mes jambes ne me portaient plus… !

-Alors, il a inventé cette histoire pour aller voir tout seul son père !

-Je crois qu’il n’est pas seul ! Caillou n’est pas là non plus  ! Ma main à couper qu’ils sont ensemble ! Ne te fais pas du souci si le patou est avec lui, ton fils ne craint rien. Ils doivent être perdus  dans la montagne  ! La nuit est douce, heureusement !

L’alerte fut donnée au village et armés de torches, les hommes avec leurs chiens partirent  à la recherche des deux aventuriers. Au bout d’une bonne heure, Caillou entendit les aboiements des chiens et leur répondit …

-Ça y est  ! On les a trouvés !

Gabin redescendit porté dans les bras d’un forestier. Il était épuisé mais en bonne santé. Quant à Caillou affamé, il dévora les sandwichs que les sauveteurs avaient posés dans un sac à terre, sans leur demander leur avis !

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