Kunta Kinté – Gina De Vastey Fils-Aime


Le soir dans ma cabane, le corps épuisé, l’esprit rendu,
Couché sur ma paille, les yeux dans le vide, l’âme à nu
Ereinté par le dur labeur et l’appréhension du lendemain
Je regrette ma faiblesse, l’infanticide était mon droit divin.
Savoir que tu seras bientôt menée à la grande demeure
Et que tu te jetteras dans mes bras le corps meurtri, en pleurs ;
Ton frère et toi ma joie d’alors, aujourd’hui mon angoisse,
Oh Dieu quand prendra fin ce calvaire, à quand la grâce.
Dans ce passé lointain quand enfin m’emporte le sommeil,
L’odeur de la terre remuée, les splendides couchers de soleil.
Autour du feu crépitant, les histoires ancestrales de l’aïeul,
Père avec sa pipe heureux attend mère et sa tasse de tilleul.
Un demain sans soucis avec mes frères çà et là à gambader
Et les constants rappels de mère à ne pas trop s’éloigner,
Comme si une prémonition, un mauvais présage
Des rêves agités, parlent de séparation, de long voyage.
Au petit jour, cette cloche annonciatrice de l’enfer
Sans répit, endolori, présent à l’appel pour éviter le fer
Un regard sans expression jeté à ceux qu’on aime
Et en fin de journée espérer se retrouver tout de même.
Le soleil brûlant, le dos en sueur, le fouet cinglant
Un cri strident, une chair qui s’ouvre, une coulée de sang
Dans la même douleur à l’unisson monte ce chant plaintif
Cette complainte, la prière désespérée des captifs.
Au soir me reprend cette rêverie, espace de survie,
Les chasses avec mon père à travers la prairie
Les retrouvailles après les initiations loin du foyer
La cérémonie d’homme accompli et l’épouse présentée
Je jouis de ces moments d’attente de paisible de bonheur
Et revois cette femme déjà si chère à mon cœur.
Le souffle court, comme aux abois, les bras tendus
Je vis encore une fois ce moment quand elle a disparu.
Un coup de pied à mon paillasson, je bondis prêt à me battre
Le commandeur, un fusil à la main avec l’envie de m’abattre
Un sourire narquois, cherche des yeux ma fillette impubère
Perclus, prostré, je deviens une bête qui perd ses repères
Les yeux dans le vide, sourd aux gémissements de ma femme
Je vois mes ancêtres, le visage de mon père, raffermie est mon âme
Comme un lion blessé, mon regard est celui d’un fauve assoiffé
Plus de fuite dans la rêverie, l’heure de la révolte a sonné.

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