BOOMTOWNRATS -Marion Lubréac – (nouvelle horrifique)


Cinq heures du matin. C’est le lever du jour.
Ils sont de plus en plus nombreux…Les RATS, de la ville moderne, LES RATS sont là ! En rangs serrés, flancs accolés, fourrure poisseuse. Ils progressent. Ils progressent encore. Tels d’affreux rhizomes, ils rampent. Ils sont légion. Armée diabolique et sanguinaire. À l’aube rouge sang, ils ont faim. Ils s’étalent, ils grouillent. Ils sortent des égouts, cavalent à vue.
IL FAIT FAIM ! Le sang appelle le sang !
Ils ont juste goûté à la fragilité fade et fondante des enfants de cette ville sans âme. Une ville déshumanisée. Où règne la peur de l’autre.
Les RATS en bas résille frétillent et dansent une sarabande obscène. Avant le rituel et le besoin de chair fraîche ! Se repaître ! Ils répondent à leurs instincts premiers. Dents jaunes, aiguisées, luisantes sur fond bitume. Déchiqueter ce qui reste d’humains. Un peu ivres, Les Rats se pressent en houle ondulante et filent vers l’EHPAD.
La maison de retraite. Là où on a remisé vite fait les « non rentables ». Les débris humains. Ils se pourlèchent déjà : LES RATS ; par avance, ils se délectent ! Odeurs putrides, pansements purulents, urine. Escarres. Viscères. Pus, Plaies béantes. Chairs éclatées et mal soignées. Odeurs aseptisées. Par vague, ils grouillent dans les couloirs de la maison de retraite, se faufilent dans les chambres et rampent à tâtons, leurs petits yeux vifs injectés de sang. Se régaler de proies faciles. Presque consentantes. Les vieillards immobiles et inertes n’esquissent qu’à peine un geste sourd, en attente d’une mort quelconque. VITE ! Les égorger ! Les saigner ! Les ronger ! Leur ronger jusqu’à la cloison nasale, exciser leurs yeux délavés, se régaler d’une chair un peu faisandée.
C’est Noël à BOOMTOWNRATS ! Les RATS, de la ville moderne, LES RATS, sont là !
Boulot vite fait. Vite nourrie, la horde des RATS en bas résille repart en liesse. Tague les murs souillés de sang au rouge à lèvres. Ils rallient et entraînent avec eux les autres bêtes affamées et sordides dans leur quête de nettoyage. Ou de perfection. Chacun son point de vue.
Sept heures du mat’ BOOMTOWN RATS ! Réveil du fonctionnaire. Métro, boulot, dodo… Métro infesté d’une glorieuse vermine ! De celle qu’on rencontre, à chaque coin de guerre, les yeux fous, à la force diabolique : les rats se précipitent, gorgés de sang, plein de la morne vie des humains. Du plus petit au plus grand d’entre eux, les RATS, de la ville moderne, LES RATS sont toutes dents et griffes dehors, muscles bandés. Facile de se ruer, ensemble, pour un grand festin sanguinaire. A présent, s’attaquer avec hargne. Combattre pour gagner contre l’humain. Les rats égorgent et saignent les passants aveugles et imprudents. Le sang ruisselle. Les murs éclaboussés rutilent sous le soleil montant ! Jour de gloire ! Pas de boulot aujourd’hui, les gars. On retourne au dodo ! Allongés dans de doux draps de sang.
La foule animale grossit et rampe sous les ponts, escalade les murs, s’infiltre chez les gens et s’en prend d’abord aux femmes. LES RATS rampent entre leurs cuisses endormies et les pénètrent pour ronger jusqu’à leurs entrailles.
BOOMTOWN FIESTA ! : Plus d’enfant au sang rubicond, plus de vieux au sang enflammé, plus de femme au ventre porteur de fruits.
Seuls les hommes frappent, défoncent, assomment les rats de la barbarie. Ils se loupent, se laissent déborder par la vague sauvage et se retrouvent à genoux, les deux mains dans la poisse et dans la tripaille, collés au sol, bouffés par des milliers de dents jaunes, zébrées de sang.
Adieu les humains. Terreur. Dégoût.
Les rats se marrent. Du métro tentaculaire de la ville, s’écoulent des rivières de sang.
LES RATS sont là et règnent sur la ville.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s