MARAIS NOCTURNE – AIMÉ CÉSAIRE

Le marais déroulant son lasso jusque-là lové autour de son nombril
et me voilà installé par les soins obligeants de l’enlisement au fond du marais et fumant le tabac le plus rare qu’aucune alouette ait jamais fumé.
Miasme on m’avait dit que ce ne pouvait être que le règne du crépuscule.
Je te donne acte que l’on m’avait trompé.
De l’autre côté de la vie, de la mort, montent des bulles.
Elles éclatent à la surface avec un bruit d’ampoules brisées.
Ce sont les scaphandriers de la réclusion qui reviennent à la surface remiser leur tête de plomb et de verre, leur tendresse.

Tout animal m’est agami-chien de garde.
Toute plante silphium-lascinatum, parole aveugle du
Nord et du
Sud.
Pourtant alerte.
Ce sont les serpents.

L’un d’eux siffle le long de ma colonne vertébrale, puis s’enroulant au plus bas de ma cage thoracique, lance sa tête jusqu’à ma gorge spasmodique.
A la fin l’occlusion en est douce et j’entonne sous le sable

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