LE THÉÂTRE DES OMBRES – Elisa Ka


Elle se sentait détachée d’elle-même, comme une doublure qu’on aurait oublié d’assembler à son envers.
Elle errait tel un fantôme dans ce dédale de solitude qu’était devenu son quotidien. Une sensation de vertige l’avait envahie et avait même éloigné les oiseaux de la nuit.
Le décorum fastueux des premiers actes s’était peu à peu laissé gangréner par la pourriture d’une vie vécue sans motif réel, à l’ombre d’elle-même.
L’orage qui grondait en ses entrailles allait bientôt tout détruire de ses fragiles constructions mentales.
Elle ne se souvenait plus que vaguement du dernier des hommes qui l’avait effacée de sa vie. Elle ne ressentait plus aucune douleur à présent. Son image même s’était désagrégée au fil des ans ; ce « mariage-blanc » non consommable et consumé dans les feux imaginaires d’un théâtre d’imposture.
Les comédies qu’elle parvenait encore à s’inventer ne se jouaient plus qu’en aparté et à rideau baissé.
La cour comme le jardin s’étaient dévêtus de leurs jeux d’ombre et de lumière.
Au centre de la scène, seule une rose séchée gisait au pied d’un arbre nu.

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