Almanach Vermot 1940 : » CONAN DOYLE DÉTECTIVE « 

Conan Doyle

Personne n’ignore que les aventures de Sherlock Holmes sont purement fictives et dues à l’imagination féconde de Conan Doyle, lequel avant de devenir romancier, était médecin militaire.

Une fois, une seule, Conan Doyle se substitua à son héros et s’improvisa détective. Son aventure vécue est peu connue. C’est d’ailleurs pourquoi elle mérite d’être rapportée.

Les événements se déroulèrent dans une paisible bourgade du Surrey. Un jour, les habitants de cette localité reçurent des lettres anonymes. Elles diffamaient plusieurs personnes, mais plus particulièrement le Révérend Edelji, le vénérable pasteur de l’endroit. À dater de ce moment, les abominables lettres continuèrent à affluer. Elles ne se contentèrent pas de calomnier : elles menacèrent. Ces menaces ne restèrent pas vaines  car en plusieurs endroits des incendies mystérieux se déclarèrent, brûlant des meules de foin, des récoltes engrangées et, parfois aussi, des animaux qu’on n’avait pas eu le temps de sortir des étables.

Alertée, la police ouvrit une enquête, tout d’abord elle demeura sans résultat jusqu’au jour où une nouvelle lettre, toujours anonyme, conseilla aux détectives de concentrer leur recherche sur Georges Edelji, le propre fils du pasteur. Les enquêteurs relevèrent contre lui quelques présomptions et procédèrent à son arrestation. À la vérité, les charges établies contre lui étaient fort minces et pouvaient ne constituer que de simples coïncidences.  Malheureusement, dès que le jeune homme fut incarcéré, les lettres anonymes cessèrent d’arriver, ce qui, aux yeux de la justice,  parut constituer une charge écrasante contre le coupable présumé.

Georges Edelji comparut devant le jury et fut condamné à sept ans de «  Hard Labour « . Après quatre ans de détention, grâce aux démarches de quelques amis de son père, grâce aussi à son irréprochable conduite, le fils du pasteur fut remis en liberté. Mais la mesure de clémence dont il était l’objet ne rendait pas à Georges Eledji, qui se savait innocent, son honneur. Ce qu’il voulait, c’était une réhabilitation totale, éclatante. À cette tâche, il s’était promis de consacrer toute sa vie.

Rendu à la liberté, il constata immédiatement que l’intention formelle d’atteindre un but  est insuffisante si l’on n’en a pas les moyens.

Pour reprendre l’enquête, un indice, un point de départ était nécessaire. L’ex-condamné n’entrevoyait aucune lueur lui permettant d’orienter ses recherches

Un jour qu’il cédait à un profond découragement, il se souvint d’avoir lu dans sa cellule les exploits de Sherlock Holmes. Ce souvenir l’incita à aller exposer son cas à Conan Doyle. Le célèbre romancier accueillit le malheureux avec bienveillance, mais après l’avoir écouté, lui répondit que, s’il écrivait des romans policiers, il ne les vivait pas, et que, par conséquent, il ne pouvait rien pour lui. Le dernier espoir de l’homme s’envolait et il éclata en sanglots. Alors, ému, le père de Sherlock, qui était dans toute l’acception du terme ce que l’on est convenu d’appeler un brave homme, lui dit doucement :

–          «  Allons, mon ami, ne vous désolez pas ainsi. Apportez-moi le dossier complet de votre affaire. Je le lirai attentivement et j’examinerai s’il ne recèle pas d’indications pouvant servir votre cause.

Après avoir pris connaissance du dossier, le romancier établit les déductions suivantes :

–          Les actes criminels avaient été certainement commis par un maniaque, un demi- fou. Or Georges Eledji avait toujours fait preuve d’une grande sagesse et d’un équilibre mental remarquable.

–          – Ces mêmes actes criminels avaient été perpétrés la nuit dans l’obscurité. Or l’homme était terriblement myope et portait d’énormes verres grossissants, ce qui, logiquement, l’obligeait à agir avec lenteur.

Quels étaient les mobiles de ces actes et de ces lettres anonymes ?  Sans doute la vengeance, car tout démontrait que les manœuvres du mystérieux inconnu tendaient à mettre en cause la famille du pasteur.

Ici commençait à apparaitre le fameux bout du fil d’Ariane : qui avait, ou pouvait avoir une vengeance à exercer contre le pasteur ?

 Conan Doyle se rendit dans le Surrey, questionna, réclama des précisions et finit par savoir qu’avant l’arrivée des premières épitres anonymes le pasteur avait congédié une servante qui se permettait de tenir sur ses ouailles des propos inadmissibles.

Habillement «  cuisinée «, elle avoua : c’était elle la coupable.

Quelques mois après, Georges Eledji était réhabilité.

Mais, dans ses récits, le fidèle compagnon de Sherlock Holmes, le docteur Watson, n’a jamais rapporté l’éclatant succès de cette enquête.

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