LE CINÉMA DE PHILIPPE GUILLAUME Hitchcock – Une femme disparait 1939

Alfred-Hitchcock.jpeg

La période anglaise d’Hitchcock, pareille en cela aux premières versions en noir et blanc de Tintin, est une savoureuse esquisse des suspenses sophistiqués des années 50.

Une raison suffisante pour que certains avouent leur préférence pour les films de ladite période, plus jeunes et innocents, plus frais et spontanés que les rutilantes mécaniques bien huilées de l’ère hollywoodienne.

François Truffaut revoyait régulièrement  » Lady vanishes « et, chaque fois, captivé par l’histoire, il en oubliait les leçons stylistiques qu’il était venu chercher.

Moi, c’est le prologue dans le chalet alpin que j’avais oublié, là où les protagonistes croisent Miss Froy sans la remarquer. Cette joviale mamie distributrice de biscuits et de bonbons est porteuse d’un message diplomatique de la plus haute importance. Une idée géniale qui me ramène au temps des contes et comptines transmis par ma gentille institutrice si proche physiquement de Dame May WITTY, tandis que noir et blanc, transparences et maquettes, loin d’annihiler la fascination, ravivent ma passion pour les trains électriques.

Les personnages de ce huis clos ferroviaire gravitant autour de Michael Redgrave et de la piquante Margaret Lockwood sont tous frappés d’étrangeté : la baronne russe tout enveloppée de noir, le mystérieux docteur, l’illusionniste italien, la bonne sœur aux talons aiguille, évadée d’un tableau de Clovis Trouille, le couple adultérin peu fait pour la vie commune, et enfin le rigolo duo Naunton Wayne-Basil Radford que nous découvrons au lit (!) et que nous retrouverons dans un autre suspense ferroviaire scénarisé aussi par Frank Launder et Sidney Gilliat ( » Train de nuit pour Munich « !! ).

L’énigmatique disparition d’une vieille dame lors de l’exposition de 1889 (1) inspira, avant Hitchcock, de nombreux romanciers. Une séquence se présente comme l’allégorie du récit. Lockwood et Redgrave, dans le wagon à bagages, ouvrent malle des Indes et placard à double-fond tout en parodiant Holmes et Watson.

Les tenants de la cohérence  » auteuriste « verront dans la lutte qui suit et qui oppose le couple au magicien l’anticipation comique et cartoonesque de la pénible scène de meurtre de  » Torn curtain « (1966). Une scène sans musique que Truffaut décrit par le menu dans son bouquin d’entretiens avec le maître :  » lame de couteau se cassant dans le cou de Grobek, coups de pelle de la fermière dans ses jambes, doigts qui battent l’air avant de s’immobiliser quand la tête du policier est dans le four à gaz « . Cette description sans complaisance nous fait mesurer combien il est difficile de tuer un homme !

Les agents ennemis, dans un premier temps, tentent de faire croire aux passagers du train que la jeune Margareth Lockwood est dérangée. Et ils substituent à Miss Froy une « gretchen en uniforme », sèche et revêche.

Comme l’a constaté Jacques Lourcelles dans son exceptionnel  » Dictionnaire du cinéma « l’égoïsme, l’indifférence, le mensonge de tous ceux qui ont de plus ou moins bonnes raisons  de nier l’existence de la vieille lady donnent à ce film, dans le contexte de 1939, une allure de fable politique.

Retenons la leçon ! Que notre passion pour les matchs de cricket ne nous fasse pas redouter le retour à notre table d’une bonne vieille qui nous a inopportunément demandé le sucre !…

(1) L’histoire de l’évacuation discrète de cette vieille dame pour des raisons sanitaires est racontée en détail par Hitchcock dans l’indispensable  » Hitchcock-Truffaut « (éditions Ramsay 1984)

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s