Conte :  » L’étalon rebelle  » Carmen Montet

C’était l’été, un bel été dans cette campagne bucolique, entre la Creuse et le Limousin dans une région de chevaux. Une jeune fille d’une douzaine d’années, Grazie, vivait avec sa famille dans un haras. Elle connaissait les juments, les mâles, les poulains, les purs- sang, les étalons, les pouliches et les poneys. Elle montait chaque jour plusieurs d’entre eux pour leur faire faire de l’exercice. Elle avait une préférence pour un jeune étalon d’un an et demi : Fortuna. Son propriétaire était un homme d’affaires qui possédait plusieurs chevaux dans le haras. Grazie ne partaient jamais en vacances : le salaire unique du papa ne le permettait pas. Qu’importe ! La fillette ne se plaignait jamais : les vacances pour elle c’était pouvoir monter à cheval, gambader en pleine liberté dans les prés, les forets , sauter les ruisseaux, cavalcader sur les monticules, seule ou avec son père ou sa mère. Elle voulait être joker et remporter le grand prix de Paris des Champs Elysées et ainsi gagner beaucoup d’argent afin que ses parents aient leur propre haras.

L’été fila comme un éclair. Avec la rentrée et la reprise des cours ,Grazie limita ses sorties équestres. Les mercredis et les samedis, elle se rattrapait. Les dimanches, des visiteurs venaient voir les chevaux, ainsi que les propriétaires . Fortuna n’avait jamais été monté par personne excepté par Grazie.

C’était un étalon rebelle. Lorsque la fille de son propriétaire l’essaya, il la désarçonna. Elle se fit mal au poignet. Quelque temps plus tard, elle le réessaya mais l’animal se cabra la jetant à nouveau à terre violemment . Son père furieux voulut dresser Fortuna et le fouetta. Il l’enferma dans un boxe ,avec interdiction de le sortir. La punition dura quinze jour. Grazie allait le voir, et lui parlait en cachette. Le soir quand les employés du haras étaient partis, elle le sortait pour lui faire faire un peu d’exercice. Quand le propriétaire et sa fille revinrent un mois plus tard, Fortuna ne voulut pas qu’ils le montent . Alors le propriétaire décida de le vendre. Grazie les supplia de revenir sur leur décision, affirmant que ce cheval pouvait gagner des concours, des courses et qu’elle le monterait pour lui. Ceci déplut à la demoiselle , vexée et hautaine. Ce n’était pas à la fille d’un employé à décider du sort de son cheval . Fortuna fut vendu  en octobre et on vint le chercher un beau matin pour le conduire chez son nouveau maître, dans un haras à trois kilomètres de celui de Grazie.

Grazie pleura toutes les larmes de son corps. Mais dans la nuit, elle entendit des hennissements qu’elle reconnut .Elle sortit, Fortuna était revenu et lui léchait les mains. Il s’était évadé. Que faire ? Son père apparut et lui dit :
-Retourne te coucher ! Je vais le mettre à l’écurie et demain je le ramènerai !

Il prit le cheval ,l’attacha et retourna finir sa nuit. Grazie se releva puis sortit Fortuna et alla gambader sous la lune rousse, dans les prés endormis. Elle revint une heure après et remit Fortuna dans le box.
Le lendemain il n’y avait pas de Fortuna dans l’écurie.

-Drôle d’animal, il s’est encore échappé ! Pensa le père.

La nuit suivante, le cheval réapparut. Grazie allait le monter discrètement lorsqu’un cavalier arriva :
-Ah ! Je savais qu’il revenait ici !  Vous êtes son ancienne écuyère, n’est-ce-pas ?

Le garçon qui lui parlait paraissait sympathique mais Grazie se méfia :
-Vous êtes venu le récupérer ?
-Soyez sans crainte mademoiselle ! Je ne dirai rien au nouveau propriétaire de Fortuna. D’ailleurs je n’aime pas cet homme, il maltraite les animaux Fortuna et la jument que je monte : Reine. Personne ne l’aime. Les gens ont peur de lui : on l’appelle » le fou. C’est une brute ! Fortuna l’a fait tomber encore aujourd’hui ! Pas facile ce cheval !


-Pourquoi êtes-vous là ? Dit tout doucement Grazie qui craignait que tout ce remue-ménage ne réveille ses parents. Vous voulez le reprendre ?
– Je le reprendrai plus tard, mais il a besoin de vous voir  ! Je vous ai vu le monter lorsqu’il était pensionnaire ici ! Vous n ‘avez pas fait attention à moi. Moi si ! Je peux vous dire que vous êtes une vraie cavalière !
-Qui êtes-vous ? Questionna Grazie .
-Je m’appelle Justin, j’ai quinze ans, je suis apprenti moniteur équestre. Je poursuis mes études mais je demeure en pension hélas chez le maître de Fortuna au haras des Eglantines. C’est un maître sévère et brutal avec les chevaux et les apprentis comme je vous l’ai déjà dit !. Avant-hier, il nous a fouettés mon copain et moi, parce qu’on fumait une cigarette près des box. Mademoiselle, le temps presse, voulez-vous monter cette nuit Fortuna ?
-Bien sûr ! Chut mes parents dorment.
Les deux jeunes gens chevauchèrent une bonne heure. Il faisait si doux, puis Grazie retourna se coucher, et Justin ramena les deux chevaux au haras des Eglantines.

Ce petit manège dura bien trois mois. Février venait de pointer son nez. Un soir Justin se confia à Grazie :
-Je suis inquiet au sujet de Fortuna ! J’ai entendu mon maître. Il veut se débarrasser de Fortuna car il n’arrive pas à le monter ni personne d’ailleurs du haras ou de l’extérieur. De plus le cheval a maintenant mauvaise réputation et personne ne veut l’acheter. Mon maître s’est querellé avec son ancien propriétaire : il lui reproche de lui avoir vendu un cheval impossible, de l’avoir volé en quelque sorte. Il dit avoir perdu beaucoup d’argent et vouloir récupérer son dû. Mais comme personne ne désire de Fortuna. J’ai peur pour lui.
-Vous ne croyez tout de même pas qu’il veuille le tuer ? Il perdrait le cheval et son argent ! Questionna Grazie contrariée.
-Il est capable de tout pour récupérer son argent. Hier encore, il lisait les clauses de son assurance tout en inspectant les écuries. J’ai un mauvais pressentiment. Tout à l’heure il a fait sortir tous les chevaux sauf Fortuna sous prétexte qu’il y avait des puces dans les boxes et qu’il fallait les nettoyer à fond. Il a déplacé les chevaux jusqu’à l’étable inoccupée et la grange de la ferme qui se trouve à 50 à mètres du haras.
-Et le boxe de Fortuna? Ai-je demandé ?
-Il est propre ! M’a t -il dit. Je l’ai vérifié. Pas une puce ne voudrait s’accrocher sur ce cheval de malheur !

-Et si j’allais le voir demain et lui prouver qu’on pouvait monter Fortuna et que je voulais bien être son joker ? Proposa Grazie.
-C’est une idée ! Mais allons nous dégourdir les jambes car le temps passe .


Ils étaient partis voilà bien deux heures quand de retour , au loin de l’autre coté de la colline ,une lueur immense éclairait la nuit :

-Qu’est-ce que c’est ? Questionna Grazie
-CA vient du haras des Églantines, on dirait… Dit Justin. Attendez, je vais laisser ici les chevaux et je vais voir ce qu’il se passe.
Grazie mit Fortuna et la jument Reine dans deux boxes et attendit le retour de Justin. Elle l’attendit toute la nuit. Justin ne revint pas. Il était arrivé essoufflé aux grilles du haras : tout était en feu, tout brûlait ! Ahuri, il chercha son compagnon Mathias. Il se souvint qu’il était parti dans l’après-midi chez sa mère. Rassuré, il s’approchait du brasier, quand son maître se mit à hurler, à le saisir par les cheveux et à le présenter aux pompiers et aux gendarmes :
-C’est lui le coupable ! Il a mis le feu aux écuries ! Il fume et c’est interdit, je viens de retrouver ses cigarettes ! Je l’ai déjà corrigé mais il a profité de la nuit pour fumer à nouveau !
Justin n’eut pas le temps de s’expliquer. On l’emmena à la gendarmerie. Le haras avait brûlé mais bizarrement les chevaux étaient saufs, excepté Fortuna que le maître croyait dans son box.

Après enquête, la responsabilité du propriétaire fut reconnue : il avait mit le feu au haras pour récupérer l’argent de l’assurance de Fortuna, et pour se dédouaner, accusait un innocent, son apprenti .L’incendie s’était déclaré à vingt-trois heures. Seulement voilà, à vingt-trois heures, Justin était avec Grazie et chevauchait avec elle depuis une heure. Justin en profita pour accuser son maître de maltraitance d’animaux ce que des voisins et témoins confirmèrent. Grazie témoigna. La justice rendit son jugement et se retourna contre le propriétaire qui non seulement ne toucha pas un sou mais dû payer aux associations de la défense des animaux des dommages et intérêts. Fortuna et Reine furent confiées aux parents de Grazie et Justin finit son stage dans le haras de Grazie .
Plus tard, Fortuna devint un champion et rapporta tous les grands prix avec Grazie comme joker. La famille racheta le haras où elle travaillait depuis toujours. La jeune fille et Justin se marièrent et eurent des enfants et des étalons : les petits de Fortuna et de Reine.

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