Almanach Vermot 1938 : La revanche de Sir Malcolm Sydney (anecdote historique)

Sir Malcolm Sydney, qui fut un politicien britannique distingué, soupait un soir de fête avec plusieurs amis. Il arborait ce soir-là une splendide cravate amarante, d’un tissu rare et confectionnée uniquement pour lui. Cette remarquable pièce vestimentaire faisait l’admiration de l’élément féminin et excitait quelque peu la jalousie des convives masculins.

Soudain l’un d’entre eux se leva et, verre à la main, déclara :

– «  Messieurs, je vous propose de boire à la santé des jolies femmes ici présentes et qui constituent le charme délicat de notre souper. Et pour leur prouver notre reconnaissance d’avoir apporté à notre repas le rayonnement de leur beauté, je vous propose également de faire un sacrifice. Sacrifions… Tenez votre cravate. »

Et, joignant le geste à la parole, il enleva sa cravate qu’il lança dans la cheminée où flambait un joyeux feu de bois. Tous les autres l’imitèrent et sir Malcom se débarrassa de sa cravate qu’il offrit à l’action destructrice des flammes.

Quelques mois passèrent. Un soir, les mêmes personnes se retrouvèrent dans un souper qu’offrait Sir Malcom Sidney. À l’heure des toasts, le politicien pressa un bouton et un serveur parut.

– Faites entrer, dit simplement le politicien.

Puis, il poursuivit :

– Messieurs, notre plus élémentaire devoir de galanterie nous ordonne de boire à la santé des dames ici présentes. Et ce même devoir nous ordonne aussi de leur consentir un sacrifice, comme nous le fîmes jadis pour nos cravates. Voici monsieur Kingford, et il désigne un homme glabre qui venait d’entrer dans la pièce. C’est un dentiste d’une exceptionnelle dextérité. Il va, comme sacrifice personnel en l’honneur de ces dames, m’arracher une dent, une canine. Je pense, messieurs, que chacun de vous tiendra à m’imiter ? 

Et successivement, car par orgueil personne ne se déroba, le dentiste amputa d’une dent tous les convives masculins.

Ces derniers furent informés le lendemain par Sir Malcom Sidney, lui-même, que sa dent sacrifiée était de toute façon condamnée à l’extirpation en raison de son état défectueux.

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