Carnet de transit-Carole Dailly – La Mère-Ddass

La petite Chloé avait passé sa jeunesse en foyer. Les éducateurs avaient pour mission d’enseigner à leurs pupilles comment bâtir un cadre et un mode de vie sains et apaisants, soigner son intérieur aussi bien que soi-même…. Etaient alors tacitement revisitées, étape après étape, des expressions telles : « Faire bon ménage, passer l’éponge, laver son linge en famille » …

A sa majorité, la quille. Rendue à elle-même. (C’était ainsi pour toutes. Je dis « toutes » car à l’époque les foyers n’étaient pas mixtes). Ses allocations lui permettaient de louer un petit studio et de s’habiller assez correctement pour chercher un travail. Elle décrocha un emploi de serveuse. Elle aimait bien, elle retrouvait l’ambiance des conversations en fond sonore. Elle voyait plein de monde et, la plupart du temps, les clients étaient sympas. Faut dire que le chef cuisinait très bien.

Chez elle, le silence était tel qu’elle s’entendait déglutir.

On a retrouvé Chloé à quatre heures du matin, dehors, dans la rue. Il pleuvait. Elle avait oublié son imperméable mais elle n’avait oublié ni ses gants en plastique ni son produit ménager et sa lavette pour nettoyer vitres et vitrines les unes après les autres, angles y compris.

La directrice du foyer où Chloé avait été placée, que la police vint informer et interroger, ne comprit pas. On lui avait pourtant bien appris qu’il est inutile de laver les vitres quand il pleut.

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