Gilles Compagnon, un troubadour d’aujourd’hui

La poésie de Gilles est diverse et variée… Parfois chantre de la nature, parfois moineau des villes, il se raconte ou nous raconte la vie à travers la nature, les gens qui l’entourent, qu’il croise. Il se refuse à se dire poète, juste  » un écriveur « et pourtant… Voilà près de deux ans qu’il sévit sur le Dix Vins blog ce bourlingueur des mots pour le plus grand plaisir de nos lecteurs (trices) et il était temps de le mettre à l’honneur, c’est chose Faite.

La poésie de Gilles est à son image, sensible, humaine, drôle aussi parfois et si elle se fait dure ou  » abrupte   » elle garde toujours ce fil conducteur d’amour de la vie, des hommes, de la nature et du monde qui l’entoure…Une poésie ancrée sur le quotidien, le réel, le temps qui passe… la poésie de Gilles est à l’image de son jardin : vivante, colorée et luxuriante, avec ses bons et mauvais jours.

Pour celles et ceux qui ne la connaissent pas encore, découvrez-la tout au long de ce mois d’aout, vous ne le regretterez pas, c’est un bouquet aux senteurs enivrantes !

Ma p’tite bio par Gilles Compagnon

Petite bio rapide du personnage mystère ayant pour patronyme Gilles Compagnon, dit « Jessé » en signature.

Issu du babyboom, je crève la poche du liquide amniotique le dimanche 22 avril 1951 à 9 h du mat’ à la maternité de Macon, jour où Edouard Herriot alors ex-député et maire de Lyon, invité d’honneur, inaugure le nouveau grand hopital de la préfecture de Saône et Loire. Enfance dans la solitude, néanmoins excellent souvenir, bonheur chez mes grands-parents maternels sans grandes ressources, employés agricoles, dans la campagne profonde, à la ferme d’élevage de porcs et de bovins, en Bourgogne du sud du côté du clunisois bucolique, le long de la Grosne serpentant entre prairies dits « de bouchage » (patois de bocage) d »herbes fraîches et champs céréaliers. J’ai la chance déjà de goûter au plaisir du jardinage puisque ma grand-mère m’apprendra dès mes 4 ans à planter et à entretenir dahlias, giroflées mais aussi haricots, petits pois, patates et topinambours dans un petit carré de terre non loin du demi-pneu coupé servant d’abreuvoir aux poules, poulets et canards de la basse-cour, à deux pas du puits de source où nous nous servions en eau grâce au seau de fer pendu en permanence à la solide chaîne du treuil. Petit, j’avais déjà l’esprit taquin mais inventif. Ma grand-mère m’a raconté que pour le shampoing hebdomadaire, il fallait que le broc d’eau chaude soit versé sur les cheveux uniquement devant les clapiers à lapins, mon « sale » caprice dès le plus jeune âge ! À deux ans et demi, je brave l’interdit et me fends la tête sur une grosse pierre anguleuse posée à l’entrée de la cave. Réparé uniquement avec des compresses d’eau tiède, je n’en ressens aucun effet notoire et crée mon environnement de jeux autour de mon unique jouet, un cheval de bois à roulettes avec une crinière et une queue en ficelle de lieuse… Époque où il fallait attendre le jour de Noël pour goûter aux bananes et aux oranges. À la maison, un seul livre, le dictionnaire Larousse, un hebdo, l’Écho de la Mode et on n’écoute que Radio Luxembourg, sur le vieux poste à Gallen, les boutons étaient bloqués ! Au dico, je m’accroche très vite et y copie, à six ans, tous les noms d’oiseaux, de poissons, d’insectes, de plantes, d’arbres… Je noircis de nombreux cahiers de brouillon, véritables petites encyclopédies de la nature avec bon nombre de définitions et de particularités… Parcourant à pied tous les jours 3 km le matin et 3 km le soir, j’ai fréquenté l’école communale jusqu’à 11 ans à Cortambert où une seule institutrice faisait la classe de la maternelle au certificat d’études dans la même salle. Revoir le film « Être et Avoir » pour imaginer cette belle ambiance de coexistence scolaire unique, très formatrice au plan humain. Des professeurs fabuleux et exceptionnels à Cluny au collège noyé dans la verdure sur la promenade du Fouettin me donnent le goût du dessin et déjà des bases de connaissance en littérature. J’arrive en ville à Lyon à l’age de 13 ans, je bascule dans le chaudron urbain. La même année, je réussis le CEP et le BEPC. Un prof de 4e au collège Pasteur à Vénissieux nous fait étudier en français les chroniques de l’actualité théâtrale et du cinéma sous la plume du journaliste talentueux du journal le Progrès, Jean-Jacques Lerrant. Une belle initiative qui a marqué mon sens de l’observation et de la mise en mots du monde culturel épanoui de l’époque. Plus tard, au lycée Antoine Charial, avec le proviseur, j’accueille Hélène Martin, Claude Vinci, Maurice Fanon, Henri Gougaud et Marc Ogeret qui parcourent la France, des usines et des écoles avec lesquelles ils débattent et chantent également. Cette belle rencontre m’a ouvert au domaine de la Chanson poétique dite chanson « vivante ». Sur mon temps de loisir, je deviens promoteur local en usines et en centres culturels de la revue mensuelle militante Paroles et Musique puis par la suite de Chorus chères à Mauricette et Fred Hidalgo. En 1982, je rencontre Claude Guerguichon, passionné de jazz et de chanson, nous animons pendant deux ans en duo une émission hebdomadaire de deux heures le jeudi entre 22 h et minuit, Compartiment Chanson sur Radio Léon puis sur Radio Canut. Je continue seul sur Radio Canut l’émission également hebdomadaire la Clef des Chants où je reçois de nombreux artistes locaux.) Des petits boulots après le bac, tourneur sur métaux, magasinier, boulisterie, secrétariat, tôlier-zingueur, ramasseur de fruits, employé auxiliaire au Trésor Public puis aux Chèques Postaux devenus depuis la Banque Postale. Service militaire d’un an en Allemagne en 1972. J’ai fait dix jours de rab pour motif de mauvaise conduite et rébellion. Bordeaux, stagiaire en qualité de contrôleur à la poste en 1973. Puis, Paris en 1974 où j’effectue tout type de remplacement aux guichets des bureaux de poste en ce qu’on appelait alors l’intra-muros de la capitale. Retour à Lyon en 1975. Un mariage, deux enfants. Puis des boulots itinérants entre le Rhône, la Savoie et la Haute-Savoie. Puis après une saison de huit mois à Val d’Isère, je suis nommé receveur en zone rurale dans le Charolais à Joncy, retour aux sources dans la vallée de la Guye en Saône et Loire. Bureau de poste où les chauves souris partagent ma chambre à coucher et les couleuvres à collier traversent ma cuisine pour se rendre de la rue de plain-pied au jardin. Puis 1990, je reviens dans le Rhône à Vourles en qualité de chef d’établissement dans un vallon très rural assez bourgeois voué aux producteurs d’arbres fruitiers et au début d’industrialisation semi-urbaine. Là en plus de mon activité de gestion de bureau de poste je deviens pendant près de 20 ans trésorier dans une association de production de CD et de concerts de jazz vocal créée et animée de mains de maître par les artistes professionnels Frédérique Brun et Philippe Khoury, parents du talentueux et génial tromboniste européen Robinson Khoury ( qui vient de faire paraitre un deuxième album à son nom après avoir participé à une dizaine de formations diverses ) Le désengagement presque total de l’Etat aboutit à la suppression de la présence de bureaux de poste en zone rurale le 28 mai 2006, donc mon poste de travail saute et disparaît du jour au lendemain. Bref, de 2006 à 2011, je bourlingue sur toute sorte d’activité toujours à la poste allant d’intérim de chef d’établissement de toute classe à vendeur en entreprise de produits dérivés, enveloppes, téléphonie, services, etc. Démotivé par l’ambiance qui règne dans cette boîte qui sonne son déclin et sa perte d’intérêt au plan public et social, je consacre ma fin de carrière de 2011 à 2013, à me soigner une ostéite grave à l’index droit contractée pendant les visites à deux de mes ami et collègue en fin de vie subissant de manière régulière des réanimations successives. Depuis mai 2013, mes journées sont ponctuées par la marche intensive, la lecture, le jardinage et quelques dix minutes d’écriture que je m’impose sur mon smartphone pour faire travailler mon cerveau et retarder au maximum les effets dévastateurs, du charmant veilleur en attente, qu’est le fort et sensible Alhzeimer ! Je n’écris que des balivernes sans grand intérêt qui ne seront certainement jamais publiées parce que je n’en ai pas les moyens financiers ni trop d’ambition en la matière. Je suis un observateur du monde peu réjouissant dans lequel je survis. Pour la bio d’ « écriveur » sans prétention, ce texte qui suit, suffit à me définir.

Je suis de l’école du voyage immobile.

Je suis de l’école du ver dans la pomme
dans la lumière transverse offerte des livres
dans le fourmillement des atmosphères
dans l’étau du harnais des journaux de papier

Je suis de l’école de la prunelle des buissons.
Je suis de l’école de la bogue ramassée à même le sentier,
celui que crissent sous le pied les châtaignes d’automne tombées.

Je suis de l’école de la maraude des cerises
peu après le fleurissement des lilas du printemps.

Je suis de l’école rurale
du matou hagard surpris
au nid des poules,
la vraie école des yeux dans les yeux.
Je suis de l’école de la fleur
sauvage et du chiendent
tenant racines à de vieilles murailles.

Je suis de l’école du poème tranquille
celui qui lisse les raideurs du temps
celui qui brandit les tocsins du désir.

Celui aussi de la mort
aux trousses,
perdrix timide,
caille menacée,
faisan peureux,
quand un chien sans collier
à l’abade, errant,
semblant perdu,
débusque du talus.

Je suis caillou poussé
petit semé
au fond des bois
et si froidement rond
dans la poche.

Je suis de l’école de l’âpre
mais non imposée solitude,
longtemps vécue

longue part patiente
d’enfance aimée et ressentie,

dans l’hallali de la petite musique du silence…

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