Nicolas Gouzy – Pourquoi un bonbon c’est bon

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Parmi les douces certitudes qui peuplent mon monde, de celles qui luttent depuis toujours contre les gros et les petits emmerdements, il y en a une, enfantine, qui tient la dragée haute à toutes ses sœurs : le bonbec’. À l’unité ou en paquets, dans son bocal de verre blanc ou bien sa boîte vintage, en vrac à la pelle, un à un dans la main de Mamie, le bonbon tient la place d’honneur de mes gourmandises de cœur. Il y en a tant et tant qu’au magasin le tournis te prenait, mais aux débuts de ma bonbonnerie, dans mon épicerie, le choix n’était pas un problème ; Maman choisissait pour moi : aujourd’hui le Pez éléphant et sa recharge goût framboise Chez toi, les familiaux, les provinciaux, dormaient rassemblés au kilo, formant tribu gourmande mais de toutes les couleurs : bonbons cristal arc-en-ciel, dragées mentholées tricolores, à la menthe bleue glacée pour couvrir l’haleine Gauloises bleues de Papa, le petit collier bariolé de perlettes à croquer, l’énervant roudoudou, la Vichy tentatrice, le paquet de cigarettes en chocolat, les dragées communiantes dans leur élégante aumônière en dentelle fermée d’un nœud de soie, les Krema du cinéma, les cachous, les zans. Le bonbon, c’est l’essence même de nos sens enfantins. Voilà pourquoi c’est bon : parce que c’est dans tous les sens. La vue, le délicieux instant d’incertitude où, la main suspendue au-dessus de la boîte de QualityStreet, on hésite en tentant de se souvenir ce que cachent les emballages. L’ouïe, parce que oui, le bruit de la main qui plonge dans le sachet, celui du papier qu’on déballe, qu’on froisse ou qu’on replie, celui du bonbon qui cloque contre les dents quand on le fait tourner dans sa bouche, c’est important aussi. L’odorat, le parfum vanille, fraise, vanille-fraise, la chlorophylle (qui ne sent rien en chimie mais chez Hollywood si), le rose Malabar ou Tagada car à jamais ces rose-ci auront cette odeur-là. Le goût, c’est fou. C’est souvent pour beaucoup un dénominateur commun mais pour moi c’est comme un détonateur. Les confiseurs sont des artificiers, artificiels et industriels ou bien attendrissants et artisans. Il y a des goûts qui explosent et fuient, d’autres plus en retrait mais qui restent, d’autres qu’on ne saisit pas du premier coup et qu’il en faut bien deux, allez trois, pour en mesurer la force, la douceur, la rondeur, l’exotisme ou le laitier. Le toucher, évidemment, le déballé, mais aussi le pégueux, le collant, le baveux, le bavant et la main de Tatie qui t’en tend (tentante Tata) un seul, un petit mais comme tapi au creux de son amour pour toi. Et puis, en toute fin, l’intuition d’avoir appris qu’il existait un sixième sens dans la vie : celui des petits bonheurs au citron, des caresses au caramel et des tendresses emballées dans de petits papiers dorés. Bonne journée.

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