Destin de femme : Florette Morand poétesse Guadeloupéenne (1926-2019) Un portrait de Thierry Mathiésan

Florette Morand(1926-2019)

C’est par hasard en lisant un article de Thierry Mathiasin que j’ai découvert la poétesse guadeloupéenne Floette Morand. Ce beau visage de femme au regard envoutant m’a poussé à lire l’hommage rendu par thierry à cette poétesse qui mériterait d’être plus largement connue et surtout étudiée dans nos écoles ! Florette Morand est née en Guadeloupe en 1926. Lauréate de l’Académie française, elle a écrit des recueils de poésies : Feu de Brousse – Chanson de ma savane – Mon coeur est un oiseau des îles, pour les plus connus. Elle vivra la plus grande partie de sa vie en Italie, sa seconde patrie et celle de son époux, le comte Aldo Capasso depuis 1970, il sera son traducteur. Si en métropole ses poèmes sont peu connus, personne en Guadeloupe n’ignore son nom et ses poèmes sont appris dans toutes les écoles du primaire au secondaire. Le célèbre « Voici venir Noël », est un classique de la poésie antillaise.

Mais Florette n’est pas que poétesse c’est aussi une femme de cœur, engagée dans la lutte pour le droit des noirs. Et dés 1955 elle s’engage dans la cause des noirs et à la suite de l’assassinat au Missisippi d’un jeune afro-américain elle lui rend hommage dans un vibrant poème ou la colère le partage à la tristesse.

En 1960, elle intervient encore et prend la défendre de l’ancien ministre Patrice Lumumba (République démocratique du Congo assassiné 7 janvier 1961 au Katanga et dont l’implication de la Belgique ne fait aucun doute) Florette Morand organise une conférence de presse pour dénoncer cette arrestation. En Juin 1962, à la mort d’Albert Béville, membre fondateur du Front des Antilles-Guyane pour l’Autonomie, elle prend à nouveau la parole publiquement pour rendre hommage à l’homme et son action. Son militantisme ne la quittera jamais et poète engagée, elle est restée aux côtés des prisonniers de Basse-Terre après les massacres de mai 1967 et ce malgré les pressions.

Femme de coeur, militante engagée dans le droit des noirs mais surtout immense poétesse antillaise, elle s’éteint en Italie en 1993. C’est avec beaucoup d’amour et de respect que le dix vins blog est heureux de vous la faire découvrir grâce au magnifique hommage que lui rend notre ami le poète Thierry Mathiasan et dont nous sommes heureux de pouvoir nous y nous joindre.

(source : résumé de l’article sur Florette Morand portail des Outre-mer)

À Florette Morand,Thierry Mathiasin

Notre ami le Poète Thierry Mathiasan

Au coeur d’une poétesse chantait un oiseau des îles ; est-ce offrir un miroir doucereux à ses charmes ou plutôt planter dans sa chair au verso de l’exotisme d’une terre souillée, enfermée dans ces projections, une flamboyance indomptable ?
Toute la différence est là, entre un oiseau qu’on voudrait en cage pour mieux justifier une blessure, comme si elle n’avait qu’une seule voix, et le rendre ainsi inadapté, sourd aux cris des Amériques.
L’humiliation, la déshumanisation ne sont plus à démontrer, ni les fers qui hantent nos mémoires passées et présentes, et ce sont les mêmes qui, après avoir abîmé le paysage, violé la sève de son soleil, veulent dénier à l’oiseau le droit de chanter sa beauté. Elle leur devient insupportable parce qu’elle est justement inviolable.
Ce n’est pas parce qu’on est sensible, conscient d’une tragédie, d’une plaie incicatrisable, qu’il faut réduire, prendre tout chant d’oiseau élevé sur cette terre pour un parfum régionaliste, lui tirer dessus avec la lâcheté de ceux pour qui la nature ne chante plus.
Le colibri butine plus de choses que vous ne pouvez imaginer. Après avoir voulu briser ses ailes il a trouvé la force incroyable de réjouir nos matins quand d’autres grincent des dents, empêtrés dans des enclos qu’on leur a intelligemment fabriqués.
Le lieu enserre ses os comme sa végétation, les fleurs dans leurs fracassants éclats ne sont oublieuses de rien, et chaque pépiement qui fleurit nos douleurs est une victoire en soi, n’en déplaise à ceux qui ne jurent que par leurs déflorations.
Cet oiseau des îles disait avec son cœur le battement inouï de toutes les souffrances rentrées, que personne ne détient le monopole de l’espace, ni la couleur de son déploiement.
Il faut du temps, beaucoup de temps parfois, pour accueillir tout le sens de son envergure, comprendre comment une poétesse se tenait debout dans son histoire, avec le visage de ses célébrations qui seront toujours au-delà de toutes les entreprises de dévitalisation, les attaques et accusations de ceux qui ne comprennent que ce qui les arrange, au profit d’une cause toute-puissante.
Il volait libre cet oiseau au gré des amours, son lieu était partout sans perdre l’émerveillement de son enfance, évitant les mains qui voulaient l’accaparer, lui tordre le cou pour faire sortir un seul cri qui vaille selon leur engagement.
C’était méconnaître de quel bois il se chauffe, de quel gouffre il a construit son plumage, plume après plume, avec acharnement, une foi imbattable, une énergie et une élégance qui appelle le respect.
Poétesse, elle n’avait pas à justifier la terre qui nourrissait ses secrets, les choix de son cœur, l’île qu’elle réinventait en permanence pour ne pas être là où on l’attendait comme porte-parole de je ne sais quelle idéologie ou quelle rage revancharde.
L’écart de sa poésie est là, comme l’encre où elle a trempé toute sa fièvre de femme. D’une rive de nous à un horizon d’ailleurs, elle demeurera l’oiseau éternel, au cœur d’une île à jamais libre dans ses chants, une poétique du lieu débarrassé de tout carcan.

Thiérry Mathiésan,



Voici venir Noël

En agitant son pagne                              De l’ombre des cabanes
L’odeur du “fleuri-Noël”                        Couleur de vanillon
Assourdit la campagne                          Aux confins des savanes
De son étrange appel.                            Rêvez de réveillon !
La nature est en fête                              Au cœur de vos corbeilles,
Le soleil se fait doux                              Ramenez des hameaux
Et l’alizé s’entête                                     Les groseilles vermeilles
A siffler des airs fous                             Saignant sur les rameaux…
Enfants de la Guadeloupe                    Tous les peuples du monde
Voici venir la Noël                                 Joyeux chantent Noël
Sur les cannes, des houppes                Et soyez de la ronde
Poudrent le front du ciel.                      Au vent de l’archipel !

Texte de Florette Morand- Les matins Caraibes

~~Mon cœur est un oiseau des îles Il a bu l’azur au soleil Après des courses inutiles Dans des corolles de vermeil. Il a goûté mon cœur sauvage Le souffle des Ylangs-ylangs Les lames mortes du rivage Et les matins sur les étangs. Il a jeté sur des misères, En chantant de l’aurore au soir Au vent brûlant des soufrières La floraison d’un air d’espoir. Qu’elle était verte la campagne Où mon cœur bâtissait son nid A l’ombre d’un mahogany ! Et sur la terre où je l’exile, Il boit les horizons nouveaux Comme hier la perle fine Au cœur des fleurs, sur les rameaux. Il aimait l’appel des nuages, Les infinis phosphorescents Et les marins vagabondages Sous de grands ciels fluorescents… Sans le pays sapotilles Il dit toujours : « Rappelle-toi L’eau des cascades qui pétille…. La rouille des tôles d’un toit… » Loin de nous les soupirs stériles Pourquoi des larmes, des remords ? Mon cœur est un oiseau des îles Le rythme seul règne en mon corps ! Dans la rumeur de la grand’ville Entendez-vous dans votre cour Chanter ce pauvre sébille ? Jetez-lui vos miettes d’amour ! Mon cœur est un oiseau des îles…

Poème de Florette MORAND qui a été mis en musique par Moune de Rivel

Pour découvrir l’œuvre de cette femme au destin extraordinaire, poétesse antillaise engagée et femme de conviction, voici un livre que vous pouvez vous procurer et plein d’autres sont disponibles sur le net !

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