Du bon usage de la langue française – Billet d’humeur de la pédante : Les mots ont des racines (et des elles !)

Il et elle viennent du latin ille, illa, un pronom-adjectif démonstratif traduit par celui-là, celle-là, etc.

Ille en latin correspondait donc à ce qui est loin, donc à la troisième personne. Que le latin classique n’exprimait que par la terminaison verbale, qui s’entendait.  » Amat  » voulait dire il ou elle aime c’est le -t qui le signifiait.

Quand les terminaisons verbales ne se sont plus entendues,  » il  » a été choisi naturellement si je puis dire pour noter la troisième personne.

J’entends par là non faire un cours de latin ou de grammaire historique (ce serait plus complexe) mais rappeler que les mots ont des racines et une histoire, que jusqu’à maintenant et malgré des déformations dialectales, ces racines demeuraient visibles peu ou prou. Bref, ça ne se faisait pas en piétinant le passé du mot par idéologie ou militantisme.

Iel c’est un mot créé artificiellement hors système de langue – car oui il y en a un juste que comme on ne l’apprend plus aux élèves depuis plus de 40 ans, on peut le nier, personne n’y verra goutte !- Qui plus est, ce mot est imposé par certains à d’autres. Et si on me dit qu’on n’est pas obligé d’en user, on espère donc modifier le machisme de la langue par un mot dont useraient seulement les convaincus de son efficacité ? Et on ne voit pas que c’est linguistiquement intenable côté femmes qui se disent savantes ?

Je préviens le reproche d’âgisme du  » OK boomer  » que je sens poindre. Prétendrait-on défendre le féminisme en faisant preuve à l’égard de celles dont la génération vous a obtenu bien des libertés dont vous jouissez (celle de la contraception entre autres) faire preuve à leur égard d’un certain dédain ? Jeunes femmes, si c’est ce que vous pensez à me lire, ayez honte alors. C’est indigne !

J’admets que des poètes créent des mots nouveaux, je le fais moi-même, mais pas avec l’idée d’en imposer un usage militant !

Deux de mes amis, Elodia Turki qui nous a quittés et Jean Marc Riquier avaient créé ainsi en dialogue poétique un très beau Ellil. (Ainsi soit Ellil LGR éditeur). A usage réservé à leur poésie. Qui lui au moins était morphologiquement correct.

Il ne s’agit pas de refuser la sacrosainte évolution du langage qui justifierait tout, y compris les aberrations, les appauvrissements, l’ignorance crasse de l’étymologie, de la morphologie aussi (le point médian déjà coupe les mots souvent hors radical). Savoir la racine d’un mot c’est maîtriser sa langue, savoir ce qu’on fait quand on écrit ainsi (ce que j’ai toujours expliqué et à mes élèves et dans mon livre). Une des lois phonétiques du français est précisément celle de la permanence du radical, qui comporte peu d’exceptions. Contrairement à ce qu’on dit (je sais de quoi je parle).

Mais je suppose que nos néo-linguistes jargonnants l’ignorent. Certes, nous ne parlons alors pas la même langue du tout. La mienne c’est le français appris à l’école, à la lecture des livres aussi dont j’accepte les variantes, les trouvailles, les enrichissements. Pas la défiguration. ! Ignorante de ses sources-mêmes. Pour servir à quoi ? Au profit de qui ? De quoi ? Et surtout de quel droit ? Avec quelle autorité fondée sur quelle connaissance de ce qu’on prétend réformer ?

Jacqueline Fischer

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