Carnet de transit – Carole Dailly – Au supermarché

Au rayon biscuits-apéritifs du supermarché, je croise un couple de personnes âgées. L’homme et la femme vont en silence, lentement ; ils n’iraient pas autrement s’ils parcouraient la nef d’une église. Tous deux se tiennent parfaitement droits, le cou dégagé, les épaules hautes ; aucun liseré de lumière ne les sépare.

Ils vont, côte à côte.

Ils regardent les marchandises et leur attention est égale.

Elle dit : « Oh Jean ! ! Vois-tu comme leurs chips sont bien rangées ?! »

Et Jean, qui était en train d’examiner les propositions de cacahuètes, tourne le visage pour regarder dans la même direction que son épouse. Il rajuste ses lunettes, observe puis acquiesce d’un mouvement de tête. D’un regard très doux, assorti d’un « mmh », il lui signifie, semble-t-il, comme il trouve sa remarque bien observée.

Je me tourne un instant vers le rayonnage de chips.

Rien. Moi, je ne remarque rien.

J’imagine qu’ils devaient tenir une supérette autrefois …

Oui ça doit être ça, c’est sûr et eux savent qu’ordonner les chips est un casse-tête invisible du commun des mortels. Je tente encore une fois de voir ce qu’ils voient mais rien à faire, c’est sur eux que mon regard veut tenacement se river.

Pourquoi m’émeuvent-ils autant ?

En plus, j’aime pas les chips.

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