Pascal Depresle – Je suis mort un peu ce matin.

D’un peu de tout. Certains sont partis d’un peu de toux.
Moi ce n’était que trois fois rien, mais multiplié par tellement de variables que je n’ai pas eu la force de compter.
D’ailleurs, depuis quelques années, j’ai cessé de compter, pour ne pas avoir à penser que mon chemin à faire est beaucoup plus court que celui parcouru. Ça m’évite des insomnies et quelques rudes batailles contre les moulins à vent de ma toute petite existence.
Lutter, j’aurais pu, mais compter, la belle affaire. Pour en faire quoi au final ? Pas même de quoi en étendre quelques mots sur la toile de l’ombre qui s’étend lentement mais de plus en plus sûrement et durablement autour de moi que j’en oublie parfois la douceur du soleil, sa caresse, sa tendresse, lui poussant le vice jusqu’à nous donner des couleurs qui ne sont pas d’origine.
Tout sera oublié au contrôle technique de nos corps en lambeaux, mais qu’importe, l’instant présent fait presque autant de bien que le futur.
Seul le passé, sous ses attraits putassiers de dessous rouges et noirs, qui murmure, viens, on monte un moment, c’est gratos pour toi ce soir mon chéri, s’évertue à ne jamais faire se refermer de vieilles cicatrices qui suintent encore, quand elles ne saignent pas.
Et pourtant qu’il est doux.
Je l’imagine chant des sirènes, c’est sans doute ce même cri de l’enfance qui refuse de mourir qui fait s’échouer les êtres et les barlus qui tanguent un peu trop d’avoir à leur bord des marins pas toujours fréquentables sur les récifs de nos souvenirs passés.
Puis, nous abandonne dans une vague salée, marine ou de pleurs, pour mieux passer aux suivants.
Puis j’ai œuvré à ma résurrection, en drôle d’apôtre que je suis. Sans faire de cène, ni même monter sur les planches qu’on aurait pu mettre en croix, de me savoir puni, banni de mon mont des Oliviers, et mon chemin de plumes qui s’est arrêté quelques jours avant d’avoir trop aimé, fréquenté des proies que je prenais une fois de plus pour des êtres vivants à tout jamais.
Ce sentiment ne me passera jamais.
Je ne suis pas un renard, encore moins un loup, et n’ai pas besoin de lune pour hurler à la nuit mon désespoir.
Apprenti démiurge, c’est un truc à plein temps.
Me suis fait engueuler par le boss.
Fatigue toujours, manque de sommeil sans doute.
Faut que je vérifie si c’est pas de naissance, ce truc.
L’année dernière j’étais devenu accroc aux inhalations.
J’avais l’impression d’être dans un salon de massage chinois.
La finition manuelle en moins.
Là, rien.
Pas même l’odeur des raviolis vapeur à la crevette dans les ateliers clandestins d’appartements encombrés où s’entassent des travailleurs privés de papiers, le temps de rembourser leur venue en France.
Comme les marcheuses de Belleville.
Alors je me suis mis à écrire comme si j’avais créé ce monde de toutes pièces. Au commencement était Pascal Depresle.
Qui créa le monde à son image.
J’ai biffé quand j’ai vu le comportement de beaucoup de mes contemporains.
Pas tous, loin s’en faut, pas même les affabulateurs chroniques et les saloperies finies au gros qui tâche des réseaux, c’est bien là le dernier de mes soucis, de ceux qui finissent aux soins palliatifs des egos dès lors qu’on les démasque.
Grand bien leur fasse s’ils partent en silence et sans souffrir davantage.
Mais mince, c’est quand même jouissif de se dire qu’on aurait pu, sur un malentendu, être la genèse d’un monde, quand tout un chacun se contente d’un amour ou de sa progéniture.
Alors j’ai écrit à nouveau au commencement était Pascal Depresle. Puis relu quelques livres.
J’ai définitivement biffé, en six jours, ce n’était pas tenable pour moi.
Il me faut quelques siestes, de quoi avoir envie d’aller me promener dans mon jardin, d’y cueillir quelques fleurs ou fruits au son du caquètement des poules, ou sous le regard bleu et toujours étonné des oies.
Mais plus aucun son ne vient désormais accompagner mes rêveries.
Quel dieu serais-je si j’avais, en créant la vie, donné aussi la mort, puisque rien de ce qui nous est donné ici n’a d’éternité que le temps que quelques dizaines de millions de battements, et puis s’en va, comme les petites marionnettes des théâtres de Guignols de nos enfances d’écoliers, qui par hasard, parfois une fois par an, venaient nous arracher des mains tentaculaires et broyeuses de ce que l’on nomme bien à tort l’éducation nationale, tant il y a longtemps qu’elle n’éduque plus, et n’est plus nationale, puisque c’est devenu un vilain mot et que l’on prête désormais toutes sortes de mauvaises intentions à qui se mêle de vouloir faire nation.
Mais c’est toujours le corps qui bosse, pas d’inquiétude, avec ou sans dieu, les vaches mêmes incultes seront toujours bien gardées.
C’est toujours le même corps, oui, même si parfois le poil luit plus sous les assauts des mâles en terminus de leurs rails de passions étreintes éteintes.
Passés d’à la folie à pas du tout d’un coup, avec des rêves immoraux de soutanes et de pleurs factices.
Il faudra en passer par là, comme la Toussaint d’après et les regrets éternels en marbre.
Ce n’est que trois fois rien si l’on prend un petit modèle.
Tiens, je me suis désabonné d’Interflora pour ses souhaitages (si, si, on peut dire) – comme le disait Frédéric Dard, quand un mot te manque, invente-le, tu rendras service çà la langue – de fêtes.
Jamais les bons prénoms, comme s’ils le faisaient exprès, de ne pas se projeter vers mon futur, pour encore mieux me laisser clouer dans l‘infini de mon passé qui n’en finit pas de s’étendre.
Par contre j’ai menti.
Je n’ai pas pris le Doliprane prescrit et oublié le truc qui fait dormir.
Début de cure de sevrage.
Baltimore en fin d’écriture m’a emmené dans des recoins de moi que je n’avais pas prévus.
C’est la magie de travailler sans plan, même si je répète à l’envi que tout est dans la tête.
Sauf que ça risque de s’appeler les mémoires d’un sacré salaud à force d’en rajouter.
Ne me reste plus de pages à noircir de ce côté, mais des pleurs qui s’en vont et viennent au fur et à mesure de mes corrections, tant il y en a d’avoir été terminé dans cette frénésie d’urgence de n’en pas vouloir perdre un seul mot qui soit ancré dans ma mémoire, et la faim de la nuit.
On ne peut pas se nourrir que de mots, et je n’ai pas le physique pour
Sans oignons et sans frites, samouraï, sinon, le kébab pour moi.
On s’en fout, je sais.
Mais c’est ainsi depuis le début.
On fait juste semblant de ne pas s’en rendre compte.
Et puis sur un malentendu, un livreur peut passer et me lire.
Tiens, j’ai commencé à m’autopsier, pour tout vous dire, et cette sensation est bien étrange qui fait que je me regarde au plus près qu’il en soit possible mais que je me comprends de moins en moins au fur et à mesure que je coupe mes entrailles et organes pour mieux les observer, les goûter.
Ce n’est pas joli dedans, c’est aussi mieux que ce que j’attendais trouver, mais c’est bien mieux qu’une psychanalyse.
Sinon l’envie de me pendre va avec le temps. Et comme il balance entre orage et soleil, j’ai bien peur de devoir remettre à plus tard l’hommage que mériterait mon cousin Hervé.
Je crois que le climat anxiogène ne me convient pas mieux que le brouillard et les nuits de trois jours.
Ou la farandole des souvenirs des cris d’enfants, quand, seize heures sonnées, j’attendais ma progéniture à la sortie de l’école, me préparant avec tendresse au choc des corps quand ils venaient atterrir dans mes bras.
Ma fille ne me parle toujours plus, sans explication aucune, et je n’ai même plus le courage d’en chercher.
Il faudra faire avec, qu’ils me répètent, les bons samaritains du verbe aimer qui n’ont guère d’échantillon à donner.
Faut que j’essaie la mer.
Ou la mère si elle vit au bord de l’océan.
Avec des pins parasol.
Je n’ai pas mis de s à parasol, ma flemme de chercher. Ou de trouver, parfois c’est encore plus effrayant qu’une quête. Ne dit-on pas que seul le chemin est beau ?
Déjà qu’en mettre un seul je trouvais ça bizarre de pouvoir prononcer parazol.
On dirait un hypnotique que l’on compte, goutte après goutte, pour mieux préparer son absence de rêves dans un sommeil artificiel.
Ou des parasols de pains.
Mais d’épices.
Sinon n’oubliez pas non plus d’acheter votre sapin pour Noël, moi je ne fais plus fête commerciale déjà un bout de temps.
Disons quelques années et la boucle sera bouclée.
Je me fais juste plaisir.
Avec ce qu’il reste de moi, et parfois, il en reste pas mal.
À part ça, rien.
Tout ça pour ça, dites-vous ?
Ben oui.
À quoi vous attendiez vous, au fond ?

J’ai encore trop traîné sous la pluie.
(Fin d’écriture) Chez Hervé Editions

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