Anne Perrin – Je ne crois pas.


Je ne crois pas. Ou si je crois, je crois au rien. On me demande de croire. Un genou à terre, je dois vénérer. On me demande de m’agenouiller. Je n’y parviens pas. Je n’y crois pas. Je reste debout. Les deux pieds au sol. Croire c’est perdre. Je crois à la valeur du rien. Un arbre est mon totem. Je lève les bras vers lui. Les deux pieds au sol, je m’animie. Mon Dieu est végétal. Il est fait de fougères. Je ne m’incline pas. Je le bois. Je refuse de faire ce que les autres font. Je ne vis que d’envies. Le sol est mon support. Il ne m’appartient pas. Je n’y crois pas. Je ne crois pas au territoire. Je suis ce que je décide d’être. Dans les arbres et le ciel. Sans dieu pour me guider. Sa voix est ailleurs. Dans le frémissement d’une aile d’oiseau ou d’une feuille d’olivier. Cela me suffit. Je crois au ciel, uniquement à lui. Sans rien d’autre pour me parler. Je suis et n’ai aucune croyance telle que les hommes l’ont définie. Je crois aux hêtres. Et à l’être humain. Par désespoir. Par envie. Par désir de l’être. Uniquement cela. L’humanité, mais l’être en hêtre, surtout et pour toujours. Nous sommes les arbres et les arbres nous font. Ils n’ont que des racines. Nées de nulle part, elles sont au sol ce que la terre a bien voulu leur donner. Sans frontières et sans nationalité. Au hasard des graines, dans les vents du ciel. Avec pour compagnie, quelques oiseaux dans un battement d’ailes.

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