Fables et fabulistes –Le curé et les deux servantes -Jean Anouilh

Deux servantes, un jour, une laide, une belle,

Qui s’en revenaient du marché,

Caquetant comme deux pucelles,

Croisèrent
Monsieur le curé.

Elles firent leur révérence…

Le doigt sur le menton de la jolie, le prêtre

La gronda souriant : «


Marguerite, je pense,

Que j’avais oublié mes lunettes, dimanche !

Je ne t’ai pas vue à la messe. »

«
Comment ?


J’avais ma robe blanche,

Gémit l’impudente jeunesse ;

Vous ne l’avez pas vue peut-être,

Je m’étais levée très bonne heure

Car nous devions faire le beurre,

C’était la messe du vicaire,

Je crois. »

« Je te conseille de te taire,

Jeune effrontée, j’ai surveillé les trois ! »

S’indigna le curé pour rire.

Il enchaîna : «
Prends garde au péché,
Margoton!

Le diable est un vilain glouton

Qui s’y connaît en jolies filles.

L’enfer, tu sais de quoi il est pavé ?

Ce n’est pas tout d’être gentille.

Une poulette comme toi,

Ce ne sera pas long à frire… »

La laide s’approcha, tout miel et tout sourire,

Avec cet air de ceux qui marchent toujours droit.

«
Monsieur le curé

Moi, j’y ai été,

A la messe et à
Vêpres aussi et aux prières.

Et je suis sortie la dernière,

Après avoir aidé
Madame la chaisière

A replier la nappe et ranger les ciboires ;

Et j’ai encor dit deux

Ave! »

« Toi je t’ai vue, dit le curé,
Mais n’en fais pas toute une histoire. »

Jean Anouilh

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