TANT D’AIMES ! Marie Roullier et Joël Bosc le coup de coeur de Pierre Thevenin

Marie Roullier et Joël Bosc

(Sur les pas d’Anne Sylvestre)

Lazare et Cécile : A. Sylvestre

Clémence en vacances : A. Sylvestre

L’oiseau de pluie : Joël Bosc

Petit velours : A. Sylvestre

Tristan : Anita Conti/Joël Bosc

Petit bonhomme : A. Sylvestre

Entre l’Espagne et l’Italie : G . Brassens /Jean Bertola

Les chemins du vent : A. Sylvestre

Les dames de mon quartier : A. Sylvestre

Grégoire ou Sébastien : A. Sylvestre

Comptine pour Clémentine : Guy Thomas/Jean Ferrat

Les belles du Morbihan : Anita Conti/Joël Bosc

L’enfant qui pleure au fond du puits : A. Sylvestre

Les chemins de la bohème : Glenmor

Le petit caillou des rêves : A. Sylvestre/Maxime Le Forestier

Après deux parenthèses joliment poétiques, un journal du confinement et les méditations d’un apprenti septuagénaire (voir coups de cœur « dédiés »), Joël revient à la chanson, et en excellente compagnie.

C’est peu dire que la voix de Marie Roullier, professionnelle comme lui, s’accorde avec la sienne. Celle de Joël, le Breton, évoque les grands espaces maritimes, le timbre de Michèle, un brin plus aérien, nous emmène vers les (mêmes) horizons ventés. En fait, il est difficile (et somme toute inutile) de définir précisément l’alchimie qui les unit. Ils chantent parfois en alternance, à d’autres moments ensemble (à l’unisson ou à deux voix), ménageant une variété d’effets qui vous prend par surprise et vous émerveille.

En plus, ils se sont chargés (parfois en collaboration, parfois Marie seule) des arrangements. Quant à l’accompagnement, Marie assure les percussions ( dans « Grégoire ou Sébastien » et « Petit bonhomme », dont la musique est particulièrement rythmée), des vocalises, la deuxième voix (ainsi que je l’ai écrit ci-dessus) et la guitare de notre ami fait le reste.

Si l’on compte bien, le titre de l’album est parfaitement justifié : Madame Anne, ainsi que l’appelle Michèle Bernard dans une chanson hommage, se taille la part du lion : 9 titres sur 15. Un petit florilège de son œuvre, dans le désordre. De ses primes batailles, « Lazare et Cécile » qui est à mon sens, ce qu’elle a écrit de plus poignant avec « La femme du vent », « Mon mari est parti » (ces deux titres n’ayant pas été repris par nos duettistes) ou « Clémence en vacances » que j’avais découvert grâce à Christine Authier (une chance car, avant ce Tant D’Aimes, peu d’interprètes avaient chanté Madame Anne) à ses regards en arrière : « Les chemins du vent » :

« J ‘ai pris des chemins tordus,

Des sentes buissonnières,

Croit-on que je n’aurais pas dû

Le faire ?

Nos pas savent-ils où ils vont

Où ils vont ?

Les chemins du vent se défont,

Se défont ».

Ou encore « L’enfant qui pleure au fond du puits ». L’enfant en question, c’est elle-même (afin de lever toute ambiguïté, s’il en était besoin, « enfant » est au féminin). Cette chanson, qui date de 1975 (album « Une sorcière comme les autres ») a été modifiée par son autrice en 1987 et c’est cette dernière version que l’on trouve dans le CD de notre « Tant D’Aimes » :

1975 :

« L’enfant qui pleure avait promis

De garder le cœur tendre,

Oh, s’il vous plaît, murez le puits

Je ne veux plus l’entendre. »

1987 :

« L’enfant qui pleure avait promis

De garder le cœur tendre,

Surtout, ne murez pas le puits,

Il est temps de l’entendre ».

Cette dernière chute, aux antipodes de l’autre, correspond à une période sombre pour Anne Sylvestre (c’est également dans ces années 80 qu’elle a enregistré « Écrire pour ne pas mourir »). Oh, juste un crabe importun qui est venu quelque peu la titiller, puis s’en est allé, gros Jean comme devant (si vous désirez en savoir plus, je vous recommande la biographie de Daniel Pantchenko : « Et elle chante encore ? ») .

Je vais me répéter, mais tant pis pour ceux d’entre vous qui lisent les coups de gueule du blog : lorsque l’on a appris la triste nouvelle, le 30 novembre 2020, l’équipe d’Anne-Élisabeth Lemoine, dans « C à vous », sur FRANCE 5, à rendu un hommage pour le moins maladroit à Madame Anne : on a d’abord eu droit, of course, à une fabulette, après quoi l’animatrice nous a dit que la chanteuse avait également écrit des textes féministes. Jusque-là, tout allait bien mais elle a diffusé « Maryvonne » : l’histoire d’une jalousie entre femmes (« Pleure, pleure, Maryvonne, Ton ami, je te l’ai pris : Ça n’a étonné personne, Le village en a bien ri »), alors que pour le féminisme elle avait l’embarras du choix. Rien que dans les titres retenus par « Tant D’Aimes », on en a deux, à savoir « Clémence en vacances » et « Petit bonhomme ». Clémence, au crépuscule de son existence conjugale, a décidé, au grand dam d’Honoré, de se prélasser dans son fauteuil sans rien faire (« Va, j’ai bien assez cousu »). Dans la nouvelle de Brecht, « La vieille dame indigne » (voir aussi le film éponyme de René Allio ; rien à voir avec Louis Aliot, l’ex Monsieur Jeanmarine) avait au moins attendu que son époux ait levé l’ancre. Quant au conjoint d’une autre Maryvonne (« Petit bonhomme »), le pauvre se fait jeter successivement par toutes les femmes de sa vie (toutes des « bobonnes »!), y compris sa génitrice !

Et à part Anne Sylvestre ? On n’a pas oublié que Joël est aussi compositeur et auteur : il reprend ici une chanson qu’il avait interprétée seul pour deux albums : « L’oiseau de pluie » qui sonne plus africain que breton : en fait, ce n’est ni l’un ni l’autre puisqu’il a emprunté le sujet à un conte de Robbie Arnott, Australien de son état. L’oiseau de pluie est un héron qui annonce les précieuses averses (on ne doit plus guère l’entendre, actuellement !) :

« Pas de famine à l’horizon

Ta grand-mère avait bien raison …

Les champs seront bien arrosés

Ton père cette fois s’est trompé »

Même la sagesse des anciens n’y peut désormais plus rien. Comment ? Vous dites que le deuxième mandat de notre président va être marqué au coin de la conscience écologique ? Ouf ! Nous voilà rassurés !

Passons ! De « conte » à « Conti », il n’y a qu’une lettre d’écart. L’autrice de « Tristan » et des « Filles du Morbihan » est une océanographe, photographe et évidemment écrivaine (pour ne citer que ses trois talents principaux) qui, dès les années 1930, a dénoncé les dangers de la surpêche. Une dame qui gagne à être connue et que Joël m’a fait découvrir voilà quelques années. Dommage qu’elle ne puisse être à l’Environnement dans le gouvernement Mélenchon (je rédige ce coup de cœur entre les deux tours).

On s’étonnera peut-être de trouver une posthume de tonton Georges et une chanson pas très connue de Ferrat (le texte est de Guy Thomas, un enseignant auteur de tout un CD pour notre Ardéchois engagé et regretté, album intitulé « Je ne suis qu’un cri ») mais ce sont beaucoup plus que des respirations entre deux titres d’Anne Sylvestre (même si c’est ainsi qu’on le ressent de prime abord) : des chansons qui, à mon sens, s’intègrent parfaitement à l’ensemble. Sans oublier, bien sûr, le Breton Glenmor et ses « Chemins de la bohème ».

Un magnifique album dont, personnellement, je ne suis pas près de me lasser !

Vous pouvez vous le procurer, vous aussi, chez

Joël BOSC

Maisonneuve

56130 DOLAY

Et si vous ne me faites pas confiance, allez d’abord écouter les 15 titres en cliquant sur le lien :

https://tantdaimes.bandcamp.com/album/sur-les-pas-danne-sylvestre

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