Crise de bucolique -Nicolas Gouzy


Le soleil a vaincu la brume et les arbustes alanguis par quatre jours de pluie relèvent bravement la tête. Les iris violets ont comme coulé leur encre au sol. Les lilas sont défleuris, les blancs mouillés ont rouillé, les parmes se sont affadis et ceux qui n’avaient pas fleuri n’osent plus, tant pis. J’en aurai cette année loupé les magnifiques bouquets odorants dont j’égaie souvent ma maison. Tous mes oiseaux pépient à leur manière un air de printemps qui se donne déjà de petits airs d’été, c’est gai. J’écris « mes » mais sans revendiquer une quelconque propriété. Nos routes se croisent un peu mais eux ont le ciel pour voyager alors que je n’ai que mes pieds pour me traîner sur terre. J’ai fait taire Saint-Saëns et Liszt, Glass et Theodorakis, dont l’humanité cultivée ne peut lutter avec ces mélodies vitales. Je sais qu’un chevreuil vagabond a choisi cette nuit de brouter les boutons de mes rosiers. J’ai entendu tôt ce matin le concert des salamandres saluant la dernière lune, les flaques et les prairies humides. J’ai écouté la chouette, tardant à se taire pour dormir tout le jour, peut-être pour me dire bonjour, non, sans doute. Je sais le parfum gras et lourd des fleurs de sureau, je sais la vivacité des bambous, la frugalité luisante des plantes du Midi et ce que sera le grand éclat jaune des genêts d’ici. Ce qui me manque le plus c’est la présence des miens, leur chant plein et l’infinie musique des petits bruits de tous ces petits riens qui construisaient nos vies. Alors j’écoute les oiseaux comme je les écoutais, triant dans leurs trilles tout comme dans leurs silences leurs envies, leurs soupirs, leurs faims, leurs désirs. Je sais bien qu’ils se fichent de moi et qu’au pire je les ennuie ou bien que je les effraie, un peu. Je ne suis rien à leurs yeux mais ils forment dans mon cœur une guirlande de bonheur, une ribambelle d’envols, un froissement doux et j’aime croire que ces éclats de vie me sont un peu offerts pour guérir mes peines. J’entends, précis, vif et constant, le bruissement immense de la vie. Un coucou, une huppe, le claquement haut des ailes de la palombe amoureuse, une toute petite rose jaune et le verre scintillant de la rosée sur l’herbe. Et, que voulez-vous ? Je suis content, c’est tout.

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