La fête des mères : Histoire et traditions par Carmen Montet

Origines et traditions 

Fête laïque et universelle

Non ce n’est pas Pétain et son gouvernement qui ont instauré la fête des mères ! Cette fête très populaire est une fête d’origine païenne, devenue fête laïque, célébrée en France et ailleurs.
Elle met sous les projecteurs les « mamans » et leur rôle dans la famille et dans la société.

À cette occasion, les enfants des écoles sont invités à confectionner des objets souvent, cadeaux personnalisés de valeur pour les offrir à leur maman accompagnés de poèmes écrits par eux. (voir plus loin écrire un poème pour maman)

Mais les adultes aussi sont sollicités : les pères, les fils, les filles, les ados, les adultes. Dans les maisons de retraite, les municipalités fêtent aussi la fête des mères en apportant aux mamans âgées des fleurs ou des présents… Dans des commerces, on offre aux clientes des roses comme chez les coiffeuses, ou dans les instituts de beauté. Pour les fleuristes c’est un grand jour d’affluence.

La date de la fête des mères varie mais la majorité des pays ont choisi de la célébrer en mai : le dernier dimanche de mai pour la France entre autres.
Fête commerciale par excellence, elle n’en demeure pas moins l’occasion de remercier toutes les mères et de parler de la condition féminine de nos jours, des doubles journées voire triple pour les mères qui travaillent, du manque de reconnaissance, du temps… Etre : « mère, épouse et femme « est très compliquée !

Un peu d’Histoire

Dès l’apparition de l’homme, à la Préhistoire, on peut penser que la mère était honorée : donnant la vie, elle avait un rôle crucial dans les sociétés primitives où la survie de l’espèce dépendait d’elles. Bien sûr aucune trace écrite, ni documents atteste de la vénération de la femme préhistorique, mais des vestiges, des objets, des statuettes de bronze, de bois, de marbre retrouvées datant de cette époque, évoquent le rôle de la femme dans ces sociétés.

La » Vénus impudique » est la première statuette féminine découverte, puis suivirent un certain nombre de statuettes découvertes en Autriche et en Espagne, et en Sibérie…. Ces statuettes ont certaines parties de leur corps particulièrement développées : l’abdomen, les hanches, les seins, les fesses, les parties génitales : symboles représentant « la mère, » la fertilité, l’abondance. Les chercheurs ne veulent pas reconnaître dans ces statuettes un culte de la fécondité ou de la déesse mère en l’absence de témoignages écrits … ? Évidemment il n’y a pas d’écrit de cette période !

Les spécialistes n’en finissent pas de se disputer sur « la présence de ces Vénus » et leur signification ! On a trouvé toutes ces statues dans le cadre d’habitat en plein air ou dans des grottes et non dans des sépultures.

Nous disons que si ce n’est pas un culte bien élaboré de la fertilité de la déesse mère, nos hommes préhistoriques Néandertal et Homo sapiens qui croyaient aux dieux et enterraient leurs morts, ont construit ces statues féminines pour vénérer « une maternité, ou les maternités de leur communauté », pour remercier les Dieux ou la femme, ou les femmes. Nous n’avons pas besoin de preuve pour savoir que l’être humain a toujours eu besoin de se réjouir lorsqu’un bonheur arrivait.

Ces hommes primitifs à qui ils ne manquaient que le savoir, exposés au dictat des éléments et aux bêtes sauvages, remerciaient à leur manière, les bons moments de la vie : la naissance, la fertilité. Culte, religion ou pas, nos hommes de ce temps fêtaient à leur manière les mères non pas un jour précis avec des fleurs… Mais avec des statuettes et chaque fois qu’une naissance arrivait.  Ils plaçaient une de ces statuettes bien en évidence dans leur habitacle dans l’espoir qu’elle leur porterait chance et bonheur…A Sumer Inanna est la déesse sumérienne du sexe, de l’amour et de la fertilité.
En Égypte ancienne, le culte d’Isis, épouse d’Osiris et mère de Horus, était très vénérée.

Bastet était la déesse chat de la fertilité, Meskhenet la déesse de l’enfantement avec Taouret…
Dans la Grèce antique, lors des cérémonies du printemps, en l’honneur de Cybèle la mère des dieux, mère de Zeus, on pratique ce culte de la fertilité.

Aphrodite était la déesse de l’amour, de la sexualité, de la fertilité, avec Artémis. Déméter et Gaïa aussi étaient les déesses de la vie avec Héra et Lithylie était la déesse des sages-femmes.
Dans l’empire romain on célèbre les matrones le 1er mars lors des Hilaria fête du printemps et de la fertilité. Cérès est la déesse de la fécondité.

Les celtes aussi vénéraient les mères : leurs déesses étaient nombreuses : Brigit déesse de la fertilité, Épona, Damona déesse gauloise de la fertilité, Nantosuelte, Onuava, Rosmerta déesse gallo-romaine de la fertilité.

Tous les peuples humains sont une mythologie qui accorde aux déesses de la fertilité, de la naissance une place à part extrêmement importante avec de très nombreuses déesses : mythologie hindoue, hawaïenne, germanique, finnoise, vietnamienne, cambodgienne, baltique, aztèque, aborigène australienne, arménienne, africaine, hittite, inuit, japonaise, maya, amérindienne, norvégienne.
Les premiers chrétiens ont vénéré la Vierge Marie en assimilant les cultes de ces déesses païennes…
Au Moyen âge c’est le culte de Marie, la mère de Dieu qui se développe. De très nombreuses églises vont lui être consacrées sous le vocable de « Notre Dame »

La maternité était l’un des devoirs principaux des femmes mariées. Les femmes stériles sont répudiées après des années de mariage. La moyenne de naissance est de 8 à 10 enfants par femme. Bien qu’il n’y ait pas de jour spécial pour fêter les mères, chaque naissance donnait lieu à des réjouissances et à des cadeaux offerts au nourrisson et à sa mère de valeurs différentes, que l’on soit paysanne ou châtelaine !
À la fin du Moyen-âge les Anglais fêtent the Mothering Sunday pendant ou après le carême.


Les femmes eurent au Moyen age et à la Renaissance un statut bien plus avantageux que celui qu’elles auront des siècles plus tard aux XVII XVII XVIII.

Le siècle des lumières ne fut pas celui des femmes et des mères La femme est la femelle de l’homme pouvait-on lire dans l’Encyclopédie de Diderot de 1751 ! Pour Rousseau dans l’Émile, il écrit que la femme est faite pour céder à l’homme et supporter son injustice. Montesquieu, lui, rejetait l’argument de leur infériorité naturelle. Seul d’Alembert appellera à une égalité entre femme et homme. Pour beaucoup, la femme est un animal destiné à la reproduction ! La religion longtemps brima la femme : objet du diable ! Dans la bible, tout accuse Ève d’être la fautive ! Pour la punir, Dieu lui dit : « j’augmenterai la souffrance de tes grossesses, tu enfanteras dans la douleur, ton mari te dominera »... Les anatomistes du 16 et du 17ᵉ siècle ne vont rien arranger : « pour eux, la femme est toujours indisposée ». On n’apprend pas à cette époque aux filles (des classes supérieures)   à lire, écrire, compter mais l’art de la couture, le catéchisme, la musique.

Grand nombre de femmes décéderont en couche ou moururent prématurément, épuisées par les grossesses à répétition. L’espérance de vie d’une femme est bien inférieure à celle des hommes !
Mais c’est bien à partir de la Révolution et l’entrée des femmes dans les assemblées, les tribunes dont elles étaient exclues, que la voix des mères des femmes vont se faire entendre. Ce sont les femmes qui vont organiser le mouvement du 5 et 6 novembre  : « la marche des femmes à Versailles « contre le manque et la cherté du pain ! Elles se rendent en cortège chantant   à Versailles voir le Roi et lui demander du pain ! Les femmes seront dès lors présentes dans toutes les journées révolutionnaires !

Le statut des femmes évoluera avec :le droit au divorce, le mariage civil, le droit de conclure un contrat, d’effectuer tout acte sans l’accord du père ou du mari, le droit de gérer sa fortune, le droit d’être l’égal dans le couple, d’être sujet libre ayant la capacité juridique. La dot est abolie. Les enfants nés hors mariage sont reconnus légalement et peuvent avoir un droit l’héritage… Les femmes ont la liberté d’association, de pétition, d’expression… Mais le vote et leur place dans la politique leur seront refusés ! C’est une approche de la différenciation entre la mère et la femme : la femme n’est pas seulement une future mère, une génitrice mais un être à part entière, une personne, une citoyenne libre !

Marie-Antoinette sera présentée non pas comme traîtresse à la Nation, dépensière, hostile au peuple mais comme une mauvaise mère, une femme infidèle, débauchée…

Mais à la fin du XVIII, avec l’arrivée de l’Empire, la femme va perdre tous ses acquis et retourner à la case départ.

Le XIX siècle voit la condition de la mère et de la femme se détériorer à cause d’un retour en arrière dû à Napoléon qui réduit les droits des femmes, puis dû aux différents épisodes politiques du siècle (trois révolutions, les guerres., l’abandon des campagnes, la révolution industrielle.)

L’exode rural pousse les familles à quitter les campagnes, les hommes devenus ouvriers, se livrent pour beaucoup à l’alcoolisme. La main mise de l’église sur la société va ainsi marquer un arrêt dans l’évolution des mentalités. Après la guerre de la Commune, Tiers va durcir son gouvernement en voulant réconcilier les conservateurs et en redonnant à l’église son importance. Bien que Jules Ferry fasse  adopter la loi sur l’école laïque et obligatoire, pour contrer l’enseignement catholique qui en avait le monopole, il faudra plus de vingt ans et attendre le début du XXe siècle pour voir évoluer et l’enseignement laïc et la condition de la femme et celle de la mère.

Le XXe siècle voit les réformes fondamentales concernant l’enseignement et, par ricochet, la société, la femme : la séparation de l’église et de l’état.  En fait, la Convention révolutionnaire avait déjà fait voter cette loi en 1794… Dès 1902,  le bloc des gauches est au pouvoir et le député socialiste Aristide Briand fait voter une loi en faveur de la laïcité. C’est en 1907 que la séparation prend effet…  

Mais en quoi cela concerne  » la fête des mères  » me direz-vous ? C’est qu’à partir de cette période, la femme va s’émanciper, libérée de l’emprise cultuelle pour acquérir une autre image dans la société et donc un autre statut. L’Église catholique pendant de siècles a  » considéré la femme comme une pécheresse « , un élément du diable et a tout fait durant plus de 1520 ans pour l’infantiliser, la tenir sous la coupe de son mari et sous sa coupe. Avec le XXᵉ siècle, la femme s’émancipe de son curé, de son mari à la suite des événements (les guerres, les réformes…)

Aux États-Unis au début du siècle 1908 se développe la fête des mères en instaurant un jour spécial dédié aux mamans : Mother’s day. Le royaume uni adopte cette fête quelques années plus tard tout comme l’Allemagne puis la Belgique, le Danemark, la Finlande, l’Italie, la Turquie, l’Australie.

En France, au début du siècle, en 1906, on veut mettre à l’honneur des mères de famille nombreuses (A Artas). Deux mères de neuf enfants reçurent un prix de haut mérite maternel. En 1918, Lyon célèbre la journée des mères en hommage aux mères et aux épouses qui ont perdu leurs fils et leur mari pendant la première guerre mondiale. 

En 1920 est instaurée la fête des familles nombreuses puis en 1929 une journée des mères est décrétée pour favoriser la natalité dans une France exsangue de ses enfants.
Sous l’occupation et Pétain, le régime de Vichy va mettre la mère sur un piédestal pour inciter les Françaises à avoir des enfants. Pétain s’adresse aux femmes à la radio « Vous êtes les inspiratrices de notre civilisation chrétienne ».

Pétain transforme cette fête laïque civile en une fête chrétienne, en une adoration de la Vierge Marie !
Ce gouvernement ultraconservateur traditionaliste, place la femme au sien du foyer et ne lui reconnaît qu’un rôle d’épouse, mère, dame de bonne œuvre, chrétienne.

Les avortements vont être lourdement condamnées. Les » avorteuses » seront guillotinées dans un pays où l’absence des maris (morts ou prisonniers) et la présence quotidienne de soldats allemands poussent certaines femmes dans les bras des occupants. Beaucoup de naissances illégitimes verront le jour dans les années 1942,43,44…

En 1950, la République rend officiellement hommage chaque année aux mères françaises au cours d’une journée  » la fête des mères  » organisée par le ministre chargé de la Santé : le dernier dimanche de mai.
En 1956, on inscrit dans le code de l’action sociale et des familles la fête des mères.

Aujourd’hui c’est La fête commerciale par excellente !
Aux Etats Unis, les Américains dépensent pour la fête des mères beaucoup plus que pour les cadeaux de Noël et d’anniversaire de leur mère !

Les dates d’un pays à l’autre divergent mais c’est une fête laïque, non religieuse, unitaire, fédératrice, partagée par les familles de cultes différents ou athées. Des pays de toutes confessions religieuses y participent : des Etats Unis, au Congo, à Madagascar, au Cameroun, à la Russie (en novembre) en Indonésie (décembre), à la Chine, La Colombie, Birmanie, Cuba, Hong Kong, Pakistan. Pérou. Japon, Lettonie, Suisse Sri Lanka, Équateur, Islande, Philippines, Italie, Turquie, Uruguay, Viet nam, Venezuela, Zimbabwe (le deuxième dimanche de mai) ; la Thaïlande (août), la Mongolie (juin avec la fête des enfants), en Tunisie, Algérie, Libye, Maroc, Suède (comme en France).

Conclusion

Bien que cette fête soit une fête commerciale qui connaît un regain constant, il faut la célébrer !  C’est avant tout l’occasion pour les enfants et les grands de dire « merci « à leur maman »  ; l’occasion de leur témoigner leur amour. On ne dit jamais assez à ceux qu’on aime, « qu’on les aime » ! La mère pour les petits est la présence centrale de leur vie. Les liens affectifs se manifestent ce jour-là par les offrandes : un objet fait à l’école, un poème qu’on a écrit ou qu’on a choisi et décoré, un cadeau acheté avec papa ou ses frères et sœurs. Les enseignantes accordent à cette fête une place très particulière. Toutes les mamans attendent impatiemment le cadeau de leur enfant : le petit cadeau joliment enveloppé de papier avec ruban ou roses. Non ce ne sera pas l’éternel collier de nouilles, ni la boite de camembert recouverte, ni les rouleaux de papiers toilettes devenus « porte -crayons » ! Bien plus !

Des souvenirs pour la vie

Cependant, au-delà de cette fête, il serait bon de se poser la question qu’elle est la place de la femme mère aujourd’hui dans notre société ? Hormis le fait d’enfanter, de s’occuper des enfants, des devoirs de la maison, beaucoup de femmes travaillent et ont une double vie : professionnelle et familiale. Elle triple cette journée si elle s’investisse dans desassociations. Ont-elles un temps de répit pour penser à elle, pour se faire plaisir ? Pour s’engager en politique ?

Aujourd’hui, il y a  de plus ne plus de familles monoparentales quand le père a fui ses responsabilités et a abandonné la jeune mère. A  la suite d’une séparation, ce sont les femmes  qui majoritairement « récupèrent les enfants » .

Tout au long du XXème siècle , être maman célibataire, était très mal vu.  Rejetée , au ban de la société, c’était  la honte qui s’abattait sur   leur père et  sur leur  famille : le déshonneur ! Beaucoup de ces jeunes mamans  étaient de force internées dans des institutions religieuses et n’en sortaient jamais  ( lire  les Magdalena en Irlande) . 

Aujourd’hui  et heureusement, les mœurs ont évolué ainsi que les esprits et être mère célibataire n’est plus une honte mais un choix bien assumé . Ce mères courages sont dignes d’admiration !

Pour finir : le machisme réserve aux hommes toujours les premières places dans les entreprises et en politique ! . Au XXI e siècle  seule une minorité de femmes- mères peuvent  se permettre « d’avoir une carrière politique, culturelle, artistique .

Bonne fête à toutes les mamans de la terre !

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s