Sonnet à la Liberté- OSCAR WILDE

Ce n’est point que j’aime les enfants, dont les

yeux mornes ne voient rien si ce n’est leur misère

sans noblesse, dont les esprits ne connaissent

rien, n’ont souci de rien connaître, mais parce que

le grondement de tes Démocraties,

tes Règnes de la Terreur, les grandes Anarchies,

reflètent pareils à la mer mes passions les plus

fougueuses et donnent à ma rage un frère, — Liberté !

Pour cela uniquement, tes cris discordants

enchantent mon âme jusqu’en ses profondeurs,

sans cela tous les rois pourraient, au moyen du

knout ensanglanté et des traîtreuses mitraillades,

dépouiller les nations de leurs droits inviolables,

que je resterais sans m’émouvoir. Et pourtant…

Et pourtant, ces Christs, qui meurent sur les barricades,

Dieu sait si je suis avec eux sur certains points.

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