LA DAME DE LA CANTINE N°8 – Françoise Salat Dufal


Le problème des dames de la cantine : difficile de se faire obéir. Dans une cantine trop petite,
— où toutes les tâches, plus ou moins bruyantes, s’effectuaient, notamment la vaisselle,
— où les élèves, trop nombreux, assis bien trop serrés.
Pour obtenir le silence parfois, il fallait crier.
Ma voix s’était musclée, j’avais appris à bannir de mon vocabulaire, les gros mots, même les plus minces. Mes « arrêtèeez » voyageaient plus vite que mes courtes pattes, pendant la récréation, pour éviter un problème, une chute, stopper un chahut, un conflit, une bagarre. Très stressée, je craignais les accidents, dans cette cour toute en longueur, goudronnée pour partie. J’étais toujours en vigilance rouge. Sûrement, je devais être très chiante.
Il me semble que les jeux mis à disposition dans la cour, étaient des vieux pneus, des tuyaux gris en PVC, les enfants les roulaient, ou bien s’y glissaient dedans. Aussi, une cage à poules. Un tape-cul. Heureusement, les cordes à sauter, les marelles, les billes…
Je les punissais, au piquet dans la cour, ou bien assis sur le banc à nos côtés. Ils devaient compter jusqu’à 100, {ou 10} après ils pouvaient retourner jouer. Une fois, un gentil enfant, la première et la dernière fois que je le punissais, au pied d’un tilleul, pleura à chaudes larmes, chaque nombre égrené avec un sanglot déchirant. Je le regrette encore. Il était doux comme un agneau. Qu’avait-il fait ? Peut-être s’en souvient-il toujours ?
Pour les plus terribles, je retenais les numéros de téléphone des parents, c’était facile pour moi, avec ma mémoire des chiffres, et je disais : attention R. ce soir je vais appeler ton père… Je savais lesquels je devais menacer ainsi. Cependant, je n’ai jamais téléphoné…
Puisque je me confesse, allons-y ! Mais non, je n’ai attouché personne… Ça va pas !
Par contre, j’ai infligé une seconde giroflée à cinq branches ; plus exactement une petite tape. Dans le rang immobile resserré, le long du lavabo, dans le couloir sans fenêtre. Sur l’arrière du crâne, [à la Gibbs, avant l’heure], le tapeur tapé se retourna surpris, il ne m’avait pas repérée, au milieu des enfants. En douce, il donnait de grands coups de pieds dans les chevilles des filles, à portée de ses grosses grolles. Circonstances atténuantes, depuis mes vingt ans, j’avais des problèmes à la cheville gauche… Encore maintenant…
Cette fois-ci, le geste, je l’ai gardé pour moi, il l’a gardé pour lui. Guilty et Récidiviste…
Peu après, cette famille déménagea. Après avoir vendu leurs biens, ils retournèrent dans la région d’où ils venaient. Ils partirent sans régler la cantine. Sans mot dire…
Bon, je fis moult rappels, jamais en recommandé… Juste un petit timbre, sur la même petite enveloppe couleur bulle et dedans la même petite lettre photocopiée. Obstinément…
Un matin, je n’y comptais plus, je réceptionnai la somme…
Comme quoi, ne jamais désespérer !
Suite et fin jeudi prochain !

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