Thierry Mathiasin

Les oiseaux m’ont dit ce matin que les arbres dégageaient une forte odeur de mélancolie, que les nuages n’ont plus la force d’éponger les exhalaisons de la terre, des enfants pestaient contre leurs ombres depuis qu’il n’y avait plus de ciel aux marelles, les hommes jouaient à des jeux dangereux le long des frontières, que des larmes coulaient sur la joue des femmes de voir la terre creusée d’échardes, la mer roulait au loin ses cargaisons d’amours étranglées, l’horizon ressemblait à une cicatrice coupant en deux le jour et la nuit.
Le plus inquiet des oiseaux, par sa manière inhabituelle de bouger, faisait fuir ses congénères occupés à manger les échos d’un monde qui n’avait plus d’ailes, essoufflé d’enterrer ses morts et d’assister impuissant à la chute brutale des rêves.
Le Rouge-gorge, désespéré de voir toute cette folie, me fixait avec un œil plus rouge que mon encre, comme hésitant entre la nature et la chair vive de mes Nus.
Même le vent cherchait à être représenté, pressé de déposer son bruissement contre les murs, voir s’animer les couleurs pour trouver une nouvelle respiration.
Poules, coqs et chats n’avaient plus le temps de s’inventer une Arche ; c’était ici, sur cette île flouée de toutes parts, qu’ils trouvaient pitance, et pas besoin de croire à ces hypothétiques sauvetages pour danser leur danse de désolation comme ça leur chantait.
Les oiseaux pendant ce temps surveillaient mes moindres gestes, se demandant bien ce que je pouvais trafiquer, surpris de voir un volatile à tête d’homme se démener dans le fatras de ses pensées, s’apitoyer sur leurs sorts comme des orphelins de vols défunts.
Le soleil avait rentré ses dards, déposant au pied des Alpinia, les lambeaux où il peinait à briller depuis que les montagnes s’étaient dépossédées de leur sève et que les rivières s’étaient couchées, endolories, dans leur lit.
Je ne savais même plus si je peignais mes désirs ou si c’étaient les fantômes qui s’exerçaient sous mes doigts.
À voir tout ce beau monde me dévisager,
je continuais à tracer mon chemin, à réinventer mes silhouettes d’imaginaire traqué, libérer un oiseau bleu des sirènes de mort qui troublaient l’espace, songer à mon amie qui marchait pieds nus sous les frondaisons du sommeil.
À bien regarder cette confrérie de formes sautillantes, foisonnantes, chacun de leur mouvement était ce souffle qui me faisait tenir au bord du gouffre, transformer l’obscurité en fête de lucioles.
Le seul qui a pu vraiment me parler était l’oiseau bleu, dernier signe de survie de souffle, plongé pour toujours dans les taches de couleurs où je tentais péniblement de célébrer mon ultime visage…

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