Histoire de madame La Feuille -Henri Merle, illustrations Carole Dailly.

Aujourd’hui, Henri aurait fêté ses 69 ans, je souris en pensant aux bonnes blagues qu’il nous aurait faites… Son absence est douloureuse, il manque à ses amis, à ses lecteurs, à toutes celles et tous ceux qui l’ont connu et lu. En ce jour anniversaire, je vous offre à découvrir ce merveilleux conte  » Histoire de madame la feuille  » écrite à la fin de l’année dernière en collaboration avec la poétesse et artiste Carole Dailly qui a assuré la partie illustration. Je vous en souhaite une belle lecture ! Il est possible de se procurer la version papier auprès des Éditions Abribus.(http://abribus-editions.blogspot.com/)

Conte pagano-évangélique Histoire de Madame La Feuille

On aimait beaucoup se promener au jardin des plantes, au crêt des alouettes ou dans la forêt de Rochetaillée. On parlait souvent de la Pachamama, des arbres, des feuilles, de leurs couleurs au gré des saisons, elles nous émerveillaient … On faisait silence pour mieux les écouter. Quand tantôt le vent, tantôt la brise s’en venaient les faire chanter, c’était encore des mélodies différentes. C’est lors de ces moments d’écoute qu’Henri a imaginé les feuilles, et surtout madame La Feuille en chanteuse, puis le vent et la brise en chefs d’orchestre …Je n’en revenais pas qu’il imagine une feuille narcissique et coquette, chose bien impossible à mes yeux, on n’était pas d’accord et on en riait beaucoup. Mais qu’elles chantent, ça oui, c’était une idée que nous partagions absolument. Madame La Feuille … Innocente et un peu mégalo ?! « À vous de choisir : » nous dit Henri Merle avec son grand sourire… Bien la brise chez vous !

Carole Dailly

Il était une fois madame La Feuille qui naquit sur la plus haute branche d’un chêne.
D’un chêne ? Ou peut-être d’un platane ? Après tout, c’est à moi de choisir, puisque je raconte l’histoire… mais l’histoire, c’est vous qui venez l’écouter, alors, chêne ou platane, vous avez le droit de choisir aussi.
Disons que si madame La Feuille naquit d’un platane, l’histoire se passe dans un jardin public. Au milieu du jardin un bassin où les enfants font voguer leurs petits bateaux…
Si madame la Feuille naquit d’un chêne, l’histoire se passe alors dans une forêt profonde, profonde, et le chêne est enraciné tout près d’un étang.
Mais chêne ou platane, étang ou bassin, sachez que madame La Feuille s’appela d’abord, comme toutes les feuilles d’ailleurs bébé Bourgeon, puis miss La Feuillette. Vint le joli mois de mai, le Sacre du Printemps. C’est à ce moment-là que madame La Feuille devint madame La Feuille pour de bon.
Quand vient le joli mai, pour le Sacre du Printemps, toutes les feuilles de tous les arbres, sauf les résineux bien entendu, entonnent la chanson que voici pour dire grand merci, car les feuilles sont en général très polies. Et les arbres aussi s’avèrent très polis, sous leur dure écorce.


Connais-tu le père Printemps ?
C’est un papy épatant !
Plus rigolo que le père Noël :
Papa Noël barbe à morvelle !
Le père Printemps n’a pas de bottes,
Le père Printemps n’a pas de hottes
Mais une barbe fleurie
Où niche un gentil colibri
Qui dit : « cui-cui, vive la vie ! »
Bonjour, bonjour, père Printemps,
On t’attendait depuis longtemps !
Tu es le pote des papillons,
Tu fais voler les p’tits poissons
Tu fais courir les escargots,

( Vroum ! Vroum ! )
Roucouler les vieux corbeaux
( Croa ! Croa ! )

Tu fais fondre les glaçons,
( Gla ! Gla ! )
Y’a du lilas sur les balcons
Et les biquettes Bêêh ! Bêêh ! Bêêh !
Chantent le joli mois de mai.
Connais-tu le père Printemps ?
C’est un papy épatant !
Plus rigolo que le père Noël :
Papa Noël barbe à morvelle !


Cette chanson, est, certes, écrite en vers de mirliton, mais sa mélodie est très jolie car c’est le vent, un vent tout doux, qui fait chanter les feuilles. Et cette chanson désobligeante pour le père Noël déplaît beaucoup aux pins, sapins, épicéas qui, pour répliquer aux insolentes feuilles, tentent d’entonner, de toutes leurs aiguilles, « Mon Beau sapin », « Petit Papa Noël » ou « White Christmas » . Mais on les entend à peine, car seul le vent d’hiver fait chanter les résineux.

Madame La Feuille était la plus belle, la plus large, la plus verte, la plus luisante de toutes les feuilles du chêne ou du platane qui se reflétaient dans l’eau de l’étang, ou dans l’eau du bassin du jardin public, à vous de choisir. Mais chêne ou platane, bassin ou étang, madame La Feuille
était, de toutes les feuilles de l’arbre, la meilleure chanteuse dans le vent, imaginez une Callas ou une Ella Fitzgerald végétale, une sirène de rêve dont le sang serait de la sève.
Hélas, madame La Feuille était si belle, elle chantait si bien qu’elle en était devenue insupportable de coquetterie, voire de narcissisme : elle passait son temps à s’admirer dans l’eau de l’étang ou dans l’eau du bassin, à vous de choisir.
« Comment me trouvez-vous aujourd’hui, les amies ? Moi, mon vert émeraude me sied à ravir, mais je vous trouve un peu pâlottes, un peu verdâtres, vous devez manquer un peu de sève, mes chéries ! » disait-elle, condescendante, à ses sœurs de l’arbre natal.
Et les sœurs de l’arbre natal, chêne ou platane, étaient un peu envieuses, voire jalouses. Car madame la Feuille était si belle, si large, si verte, si luisante qu’un peintre du dimanche, chaque jour de la semaine, tentait en vain de faire son portrait.
Et madame La Feuille, accompagnée par ses sœurs, chanta tout l’été. Le vent, chef d’orchestre s’appelait monsieur La Brise. Monsieur ou madame ? C’est à vous de choisir. Et le peintre en vain s’obstinait à vouloir rendre sur sa toile le vert émeraude de madame La Feuille. Il en gâchait, des tubes, des tubes, et encore des tubes de verte peinture. Il en avait plein son gros sac, de ces tubes.
Un matin, le peintre revint avec ses pinceaux, son tableau, son chevalet, son gros sac.
— Il se ruine à tenter de me peindre en vain, le pauvre ! Ironisa madame La Feuille. Il en voit des vertes et des pas mûres !

Les sœurs de l’arbre natal pouffèrent, car les feuilles pouffent, pour qui sait entendre, à ce bon mot. Car, jalouses, elles étaient aussi un peu hypocrites, un peu lèche-bottes, et chacune espérait que
madame La Feuille accepterait un jour de chanter en duo avec elle.
— Des vertes et des pas mûres ! Répétait Madame La Feuille.

Et les sœurs de l’arbre, chêne ou platane, à vous de choisir, servilement re-pouffèrent
Mais le peintre sortit de son sac un tube de couleur ocre, puis il ajouta une pointe d’ocre au portrait de madame La Feuille.
— Son marchand de couleur verte est en rupture de stock ! gloussa madame La Feuille.
Mais ses sœurs ne gloussèrent pas avec elle.
— Regarde bien, il a raison ! Tu as bien une petite tache ocre, là, sur le milieu du corps, firent-elles.
Les feuilles de chêne ou de platane ne disposent que d’un seul miroir, l’eau d’un étang ou celle d’un bassin, à vous de choisir. Madame La Feuille se mira dans l’onde.
— Oui, c’est vrai, j’ai une petite tache ocre sur le milieu du corps, c’est charmant, mais vous ne vous êtes pas regardées. Vous êtes couvertes de taches jaunes, pouah, le vilain jaune. On dirait du caca de coucou !
Les sœurs se turent, un peu vexées, on les comprend.
Chaque matin le peintre revenait, et il ajoutait un peu plus d’ocre au portrait.
Un soir, le vent, chef d’orchestre, vint visiter l’arbre, chêne ou platane, à vous de choisir, pour faire chanter les feuilles. Et madame La Feuille chanta bien sûr, les sœurs de l’arbre faisant les chœurs,
mais ce n’était pas le même air que d’habitude.
— Tu nous fais chanter un air bien triste, chef d’orchestre, dirent les feuilles. D’ordinaire, tu nous propose de tendres et gaies mélodies.
— Ce n’est pas moi qui choisis la partition, petites feuilles. Jusqu’à présent, vous avez chanté sur le mode majeur. Madame La Feuille avait un peu la voix d’Ella. Maintenant vous allez chanter sur le
mode mineur et la voix de Madame La Feuille sera sœur de celle de Bessie ou de Billie. Des humaines personnes que vous ne connaissez pas. Vous allez chanter le blues. C’est très joli !
— C’est joli, mais c’est triste, ton blues ! Fit Madame La Feuille.
Les sœurs de l’arbre natal approuvèrent.
— Je n’y peux rien, répondit le vent, je n’ai pas composé la partition, je ne suis qu’un modeste chef d’orchestre.
— Alors, qui est le compositeur ? S’enquirent les feuilles.
— Un certain monsieur Au… Automne, oui, c’est ça.
Mais les filles de l’arbre natal n’avaient jamais entendu parler de ce monsieur Automne. Car les feuilles mourantes ne racontent jamais rien aux bourgeons, ce serait trop triste, si l’on y réfléchit bien.

— Vous direz à monsieur Automne, firent les feuilles, que c’est un grand compositeur, mais que sa musique est trop triste. Vous qui êtes chef d’orchestre, monsieur La Brise, dites-le-lui, s’il vous plaît. Au fait, quand revenez-vous nous faire chanter ?
— Hum, hum (on sentait bien que monsieur La Brise était gêné). Je vais revenir vous faire chanter quelque temps les partitions de monsieur Automne, mais un autre compositeur va bientôt arriver.
— Leurs noms, leurs noms, monsieur La Brise ! Celui du compositeur, celui du chef d’orchestre ? !
— Eh bien… et bien… le nouveau compositeur a pour nom mister Winter, monsieur Hiver, si vous préférez, mais il aime mieux être appelé mister Winter, ça sonne mieux, comme des glaçons qui
s’entrechoquent.
— Des glaçons, c’est quoi, les glaçons ?
— Eh bien hum, c’est une invention de mister Winter. Mais c’est sans importance.
Monsieur La Brise n’osait pas dire aux filles de l’arbre que mister Winter est pour les feuilles dites caduques, ce qu’est l’ogre pour le petit Poucet et ses frangins.
— Et le nouveau chef d’orchestre, celui qui nous fera jouer la musique de mister Winter ?
— C’est… hum hum hum… un certain monsieur La Bise.
— Et il est gentil, monsieur La Bise ?
— Mais vous êtes bien curieuses les filles, avec toutes ces questions. Laissez-moi souffler un peu. Enfin, façon de parler. Ma façon de souffler un peu, c’est de ne plus souffler, drôle de métier que
celui du vent.

Et monsieur La Brise décida de se taire jusqu’au printemps prochain. Était-ce du courage, ou de la lâcheté, de taire à madame La Feuille et ses sœurs qu’un sort funeste les attendait ? Si les feuilles de l’arbre natal avait su leur sort, auraient-elles chanté la joie de l’été ? C’est là une question philosophique, la réponse appartient aux philosophes, pas aux conteurs.

Et les feuilles, au fil des jours, jaunissaient, jaunissaient. Madame La Feuille s’obstinait à trouver charmantes les touches d’ocre de plus en plus nombreuses dont le peintre parsemait son portrait. Mais en vérité, elle regrettait sa teinte émeraude. Un jour, il n’y eut plus aucune touche de vert sur le portrait de madame la feuille.
Et puis, un matin, le peintre ne vint pas. Ni Les matins suivants. Bref, il ne vint plus.
— Son marchand de couleurs a dû faire faillite, ou bien il a pris sa retraite, se forçait à croire madame La Feuille.

Et les sœurs de l’arbre se forçaient à l’approuver. Et puis les feuilles churent peu à peu, chaque jour, chaque nuit, chaque heure, chaque minute de l’arbre natal, chêne ou platane, à vous de choisir, en poussant un petit cri de surprise. Il faut bien prêter l’oreille pour entendre le cri des feuilles. Être lutin, farfadet, et encore…
Et puis, par une froide matinée, monsieur La Bise, le nouveau chef d’orchestre, vint faire chanter aux feuilles la chanson composée par mister Winter, une chanson à la musique si forte, si assourdissante, que les feuilles tombaient, tombaient de l’arbre, sous le coup de l’émotion.
Les seuls qui la chantaient, cette chanson, c’était les conifères, les acacias, les pins, les sapins, enfin, bref, les résineux. Ils chantaient à tue-tête « Petit Papa Noël », « Mon beau Sapin »,
« White Christmas » rien que des chansons pour plaire à leur patron, le vieux barbichu tout de rouge vêtu.
Si pour vous l’histoire se passe dans un jardin public, sachez que le sapin était synthétique, offert par la Municipalité, mais qu’il n’en chantait pas moins pour autant.
Et l’arbre natal était dépouillé à présent de ses feuilles gisant sur la mousse comme des petits soldats morts au combat.

Connais-tu le Père Printemps ?
C’est un papy épatant !
Plus rigolo que le Père Noël :
Papa noël barbe à morvelle…
Le père printemps n’a pas de hotte
Le père printemps n’a pas de hotte…


Madame La Feuille n’était pas tombée de l’arbre. Elle s’obstinait à chanter ! Bien faiblement, mais si bien, d’une voix si triste, que monsieur La Bise qui a l’oreille fine, s’arrêta de souffler si fort. Il imita son confrère monsieur La Brise pour dire à madame La Feuille, tout doucement :
— Pourquoi t’obstines-tu à chanter la chanson du père Printemps ? Je suis au service de monsieur Winter, et j’ai reçu de lui l’ordre de te faire choir de l’arbre. Tu vas rejoindre tes sœurs.
— Vous êtes cruel, Monsieur la Bise. Et ce mister Winter est pire que vous !
— Non… non, petit feuille, c’est comme ça. J’applique des ordres venus d’en haut, et mister Winter aussi applique des ordres supérieurs. Voilà tout. Je vais souffler un bon coup, alors tu rejoindras
tes sœurs.
— Mais vous ne m’empêcherez pas de chanter, avant de tomber de l’arbre natal, la chanson du père printemps.

Connais-tu le père printemps ?
C’est un papy épatant !
Plus rigolo que le père Noël :
Papy Noel barbe à chandelle….
Et mister Winter, je l’em…


Madame La Feuille allait dire un gros mot, comme « je l’embête », mais Monsieur La Bise l’interrompit juste à temps.
— Tiens, tiens, une résistante… En haut lieu, en très haut lieu, il paraît qu’on aime ça. Ainsi, tu crois vraiment au Père Printemps ? Tu crois qu’il existe, celui-là ?


— Bien sûr que j’y crois, vous et vos pins, sapins, votre bande de résineux, vous croyez bien au père Noël !
— Alors, je vais t’y conduire, chez le père Printemps, mais pour cela, il faut que tu tombes de l’arbre. Je vais souffler, tu vas choir tout doucement, en valsant, mais avant que tu ne touches le sol, je te conduirai chez le père Printemps.
Alors monsieur La Bise souffla, souffla et madame La Feuille se laissa conduire par lui longtemps, longtemps.
— Vous soufflez drôlement fort, mais je n’ai pas peur. Vous êtes un excellent conducteur. C’est moi, Madame Lafeuille, la plus belle feuille de l’arbre natal qui vous le dit.
— Tu ne t’appelles plus madame La Feuille, mais Mortefeuille, à présent.
— Mortefeuille… c’est un drôle de nom, mais ça sonne bien à l’oreille. Vous savez, j’ai l’oreille musicale.
Et monsieur La Bise, après un long, long voyage, déposa Mortefeuille devant la porte d’une maisonnette. Mortefeuille resta longtemps sur le seuil.

— Ouvrez, m’sieur Printemps ! Suppliait devant la porte une feuille morte.
Il faut vraiment avoir l’oreille fine pour entendre supplier les feuilles, surtout quand elles sont décédées. Enfin la porte s’ouvrit. Sur la porte, était apposée une plaque avec l’inscription :
Isidore Printemps

Isidore Printemps, l’habitant des lieux, était affligé de grandes oreilles et portait un bonnet pointu. Tout petit, il ressemblait au huitième nain, celui que le conteur a méprisé. Au village, on appelait
Isidore le fada, le simplet, le beausseigne, le bayayet, enfin de ces noms qui font comprendre que monsieur Printemps n’avait pas passé le concours de l’École Nationale d’Administration.


— Oh, la jolie feuille ! Fit monsieur Printemps. Comme tu feras bien dans ma crèche !
Car monsieur Printemps, chaque mois de décembre, sortait du placard à balais (il était un peu désordonné) une petite crèche confectionnée dans une boîte à chaussure tapissée de papier rocher.
Les santons étaient plus petits que le bœuf sans cornes et l’âne à qui manquait l’oreille gauche. Le petit Jésus, en vérité un grand Jésus de cire, plus grand que l’âne et le bœuf, un jésus unijambiste, reposait sur un petit lit dont la paille s’était depuis longtemps envolée.
— Petit Jésus, je t’ai trouvé un joli matelas, tu verras, c’est mieux que de la paille.
Et monsieur Printemps souleva le grand petit Jésus, posa Miss Mortefeuille, ex-madame La Feuille, dans le lit, en guise de matelas, puis reposa le divin enfant.
— Merci, petite feuille, le petit Jésus est bien content !
D’ordinaire, les gens remisent leur crèche à la fin des fêtes de Noël. Monsieur Printemps, dit le simplet, le fada, le beausseigne, le bayayet, garda la sienne posée sur sa cheminée jusqu’au printemps.
— Merci, petite feuille, le petit Jésus est bien content, disait-il chaque matin en contemplant longuement la crèche avant le petit déjeuner.
Un matin, monsieur Printemps, en venant saluer les habitants de la crèche, constata que la feuille… Mortefeuille… l’ex-madame La Feuille, avait disparu.
— Petite plaisantine, tu m’as fait une blague. Mais je sais bien où tu te trouves à présent. Je suis plus futé que toi.


Alors monsieur Printemps se dirigea vers la forêt pour saluer le chêne, ou vers le jardin public, pour saluer le platane, à vous de choisir.
— Bonjour, la feuille, que tu es belle, que tu es verte, que tu es large, que tu es luisante !
Monsieur Printemps s’adressait à une feuille, à la plus belle de toutes. Une feuille si belle qu’un peintre vint ce matin-là, avec toile vierge, pinceaux et chevalet, pour tenter de faire son portrait, des tubes de couleur verte plein son sac.
— Au lieu de contempler bêtement les feuilles de l’arbre, tu aurais mieux fait d’aller à la messe, Isidore ! Dit une voix derrière le dos de monsieur Printemps.
C’était la voix aigre de Mademoiselle Hortense, sa voisine. Partie à la sortie de l’office faire ses commissions ou chercher quelques champignons printaniers en espérant trouver le Prince Charmant, à vous de choisir.
— C’est aujourd’hui le lundi de Pâques, Isidore. Jésus est ressuscité ! Et tu as manqué la messe !
— Ça veut dire quoi, ressissu… russes…
Isidore était si inculte que jamais il n’aurait pu participer à un jeu télévisé ni même à une émission de télé-réalité.
— Cela veut dire que Jésus n’est plus mort, qu’il est revenu à la vie…
— Si que Jésus il est ressissu…russes… s’il est dé-mouru, la feuille aussi, elle est revenue à la vie. Regarde, Hortense !
Mais mademoiselle Hortense partit sans regarder, en haussant les épaules, rejoindre ses amies pour dire du mal d’Isidore qui, lui, rentra chez lui, remiser la crèche dans le placard à balai jusqu’au
prochain Noël.
Le peintre resta jusqu’au crépuscule dans le jardin, tentant en vain de faire le portrait de madame La Feuille. Un vent tout doux se mit à faire chanter les filles de l’arbre natal. La plus belle, la plus large, la plus verte, la plus luisante chantait le mieux.

Bon, voilà, l’histoire est finie.

Henri et Carole Hiver 2021

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