Jacqueline Fischer : du bon usage de la langue française-Vous prendrez bien une tasse de  » T « ?

Jacqueline Fischer

Une des difficultés de la langue française, ce sont les lettres que l’on n’entend pas, notamment à la fin des formes verbales. Dois-je lui coller un E, un S, un T , à ce verbe, ou rien du tout ?
Déjà se poser la question, c’est montrer qu’on ne s’en fiche pas d’écrire aussi pour que les autres vous comprennent, dans un état de langue donné, qui certes varie, mais a été suffisamment fixé pour être admis comme un code commun permettant à tous ceux qui le veulent de se comprendre.

Si on sait à quoi servent ces lettres, d’où vient qu’on écrit ainsi, bref à quoi ça sert à part à emmerder l’usager et permettre à votre  » boomer  » de faire sa pédante … il y a des clés et quand on les possède, la porte s’ouvre, la lumière jaillit. Et si on sait, on peut aussi expliquer à Martin, 8 ans, qui galère sur son exo donné par une prof des écoles aussi sadique que moi, en mon temps !

On va partir d’une question, pas d’une erreur (même si je la vois cent fois par jour) puisqu’il paraît que ça peut choquer la sensibilité de ceux qui la commettent. Notre époque est chatouilleuse à cet égard…
Pourquoi écrit-on :
il finit/ il écrit au présent de l’indicatif
il a fini/ il a écrit au passé composé et autres temps de même farine ?

Le T du présent est une terminaison qui marque la troisième personne, et rappelle le sujet du verbe. Elle place visuellement une relation entre deux mots. En latin la troisième personne était toujours marqué par ce T qui s’entendait (donc on n’exprimait pas le pronom personnel sujet sauf pour insister).
Quand on est passé du latin au français via moult dialectes, je ne vous fais pas le détail, il y faut des volumes, cette lettre a persisté dans le deuxième groupe (type finir finissant )et une bonne partie du troisième et dans pas mal de temps simples autres que le présent. Las de manière plus irrégulière au présent où ce T devient parfois un D ou même un C (ce qui s’explique aussi mais pas tout à la fois)…
Il y a un savoir préalable : un verbe comporte des formes personnelles qui portent des codes marquant la personne du sujet (je, tu, il, nous, vous, ils ou équivalents), c’est d’ailleurs pourquoi on les appelle pronoms personnels. Déjà savoir le sens des mots, de la grammaire et de la conjugaison, ils en ont toujours un, ça aide la mémoire et la comprenette plutôt que de mettre des étiquettes sans savoir ce que ça veut dire. Ou de les oublier et de se dire :  » les automatismes joueront  » ou bien :  » le français est MA langue donc je la parle comme je veux. « 

Ces codes peuvent servir rien que pour une chose (c’est le cas du  » nt  » de la troisième personne du pluriel), ou bien être hyper polyvalents. Le code S notamment est expliqué aux pages 213 à 216 de mon petit livre  » Mots justes et accords parfaits « (un peu d’autopromotion !).
Le premier groupe au présent tout au moins a préféré le E à la troisième personne du singulier, celle qui nous occupe, pour des raisons que je n’ignore pas, mais qui ne sont pas le propos du jour. (on verra plus tard).


Mais revenons à notre tasse de T.
Quand le sujet est : il ,elle, on, le chat, la poule ou l’idiot du village ce T est majoritaire pour marquer cette troisième personne. D »où : il finit, il écrit… Le présent est un verbe de forme simple (je disais à mes élèves : un seul morceau) et dans ce cas le T se comprend il va avec son il, son elle, son chat, ou son chien qu’il représente, il marque leur accord. C’est un couple.
Mais quand on écrit il a fini, le verbe est composé : il a deux morceaux qui ne fonctionnent pas du tout de la même façon et il me semble très important d’avoir encore un peu ce que je nomme le sens du système de langue : c’est-à-dire de savoir que « a  » est un auxiliaire que c’est lui qui porte l’accord verbal et de personne avec il (ou le sujet de troisième personne du singulier).
Quelqu’un qui écrit : il a finit reporte l’accord sur le participe passé. Vous mettez un T parce que le sujet est il, et donc vous accordez un participe passé comme ce qu’il n’est pas (une forme verbale avec des terminaisons marquant la personne).
Or le participe passé n’est pas une forme verbale qui porte la marque de l’accord personnel (je, tu, il etc..) ; Vous n’écririez pas : nous avons finissons, pourtant quand vous écrivez il a finit c’est ce que vous faites. Pas parce que vous êtes stupide ou ignare (étourdi parfois oui) mais parce que vous avez oublié le système de langue d’une part, comme moi je suis à présent infoutue de résoudre une équation alors que je n’étais pas si mauvaise en maths que ça …
En conséquence, ce qui vous fait tromper à mon avis, c’est ce « a » venu d’un  » habet « latin qui au cours des siècles a presque tout perdu, y compris sa terminaison verbale. Vous ressentez ce manque … À noter qu’on trouve aussi l’erreur il est finit , alors que « est » a déjà un T.
Là il suffit de se dire : on ne dit pas  » elle est finite « .
Et justement ça nous amène à notre deuxième énigme. Pourquoi  » il écrit « et  » il a écri t » qui semble lui garder son T ? Et mais parce que si le premier T marque la personne, le deuxième lui relie à une famille de mots, celle d’écriture, on peut dire les choses qu’elle a écrites. Le T de écrit (il a écrit) au participe passé n’est pas un T de troisième personne mais celui d’écriture, (nous avons écrit on comporte aussi un T ) : il marque l’appartenance à une famille de mots. La preuve vous le gardez à toutes les personnes. « tu as écrit / : « nous avons écrit « . S’il marquait la personne, on changerait ce T quand le sujet change.
Mais il écrit / il finit, on change lorsque le sujet change de personne : j’écris, tu écris, il écrit etc. Mais j’ai écrit / tu as écrit / il a écrit car le radical indiquant la famille de mots ne change pas

Dans les formes simples, le radical a été souvent  » mangé  » par la terminaison marquant la personne. D’où j’écris, tu écris, il écrit, etc. Avec quelques repères, et un peu de bonne volonté, plus de raisons de se noyer dans la tasse aux T !

Ps : Pour les petits malins qui me diraient : « ah oui mais Madame, on dit finition et il y a un T là-dedans. » Certes, mais c’est celui du suffixe  » tion  » qu’on retrouve dans beaucoup de mots. Il n’est pas celui de la famille de mots et ne fait donc pas partie du radical.

Jacqueline Fischer

On se retrouve dans un mois pour parler de ….L’impératif de son emploi et orthographe !

1 commentaire

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