La voix des poètes – non à la guerre – Nicolas Gouzy – Petite neige de Printemps.

gouzy

Du bout de ses doigts blancs, cette petite neige de Printemps s’accroche aux flancs plein-vent de mes amandiers. Je crains pour les bourgeons des vignes et des fruitiers. À pleine bouche, certainement des amants prennent leur temps. Je plains tous les seuls, toutes les seules qui comptent leurs battements de cœurs pour se croire encore vivants. Du bout de ses doigts blancs, cette petite neige de Printemps m’écrit doucement qu’à force d’espoir, à force de paix, à force de sourires, des millions d’enfants fabriqueront demain, encore et toujours. Alors je plains les bourreaux, les assassins qui n’ont qu’hier dans leurs mains, du sable et du sang. À force de vie, nous triompherons. À force d’eau les assoiffés, à force de pain les affamés, à force d’encre les illettrés, à force de lumière les oubliés, à force de mains tendues les secourus traverseront les déserts, nourriront leurs enfants, sauront s’opposer aux tyrans puis renaître. Je plains les assassins, les bourreaux et leurs rois, les empereurs et leurs armées qui empêchent qu’on sème, qui s’opposent à ce que l’on s’aime. À force d’être, à force de vie, à force de demain, à force d’espoir, à force, nous les vaincrons. Du bout de ses doigts blancs, cette petite neige de Printemps tisse pourtant le linceul de toujours trop d’enfants.

Claude MARECHAL (1925-2009) / Neige de Printemps / 1963

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s