Françoise Salat Dufal – LA DAME DE LA CANTINE N°4


La cantine, une seule pièce, se trouvait au premier étage, au-dessus des classes. Les enfants, en rang par deux, un grand et un plus petit, claquaient des pieds telle une armée en campagne, l’escalier en bois gémissait sous leur colonne joyeuse. La rampe à claire voie, en bois, permettait de voir le préau qu’elle surplombait. Une seule ampoule indigente éclairait le long escalier abrupt et sombre. Nous le partagions, avec le locataire, de l’appartement voisin, anciennement destiné aux instituteurs ; un vieil homme, un peu bancal, qui ne râlait jamais pour le vacarme entre midi et treize heures, 144 jours par an. Il se prénommait Henri, il aimait les plantes, les taillait, les multipliais pour aider son ami Maurice dans sa jardinerie. Il bouturait, comme personne ; par exemple, le laurier-haie, il prenait une feuille verte, vernissée, d’un geste sûr, amputait la cime d’un triangle, puis trempait la courte tige dans une poudre blanchâtre d’hormones, et hop, la fichait dans du terreau, en rang d’oignons avec des centaines d’autres. Ensuite, il suffisait d’être patient…
Deux toilettes bordaient le couloir, sur la gauche, juste avant l’entrée de la cantine. Fermées à clefs. Chacun les siennes.
Dans le couloir intérieur, dès la porte passée, à hauteur des enfants, le très long lavabo. Des savons jaune orangé, en forme de ballon de rugby, sur des supports argentés, fixés au mur. Un essuie main, sur un rouleau, tournait joyeusement juste à côté. J’avais incité les enfants volontaires, à apporter une brosse à dents, ils la rangeaient avec leurs serviettes de table dans les petits casiers.
La cuisine se faisait dans la salle à manger, relativement exiguë. Un vendredi sur deux nous sentions la frite et le poisson. L’autre vendredi, c’était plus fin, seulement le poisson ! Les tables octogonales, étaient au nombre de six. Impossible de circuler entre elles, quand toutes les places étaient occupées. L’effectif parfois atteignait des sommets de 50 et plus. La cantinière, installait alors, les surnuméraires sur une petite table rectangulaire sous la haute fenêtre. Vogue la joyeuse galère…
À côté, une grande salle, ne ressemblait à rien, sinon à un galetas ; s’y trouvait le congélateur ; ensuite quand le nombre des convives avait augmenté, le bahut, couleur vert d’eau dans mon souvenir, le rejoignit. Un vieux parquet en planches larges. Les murs non crépis. Deux fenêtres l’éclairaient. La cantine n’avait pas de sortie de secours. Rapidement, il y fut remédié, par un escalier extérieur, et la transformation d’une fenêtre en porte. Je ne l’aimais pas ce colimaçon, j’apercevais le sol, et j’ai toujours eu le vertige. L’hiver, les marches en ciment glissaient.
La suite au prochain numéro…

Cantine Auvergne Rhône Alpes – années 60

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