Un jour, un poème : Henri Baron -GRUES CENDRÉES


Huit heures
à la fenêtre de ce troisième étage équivalent de cinq
Huit heures
déjà
encore
Huit heures
la nuit fut blanche
l’aube est grise
aux fausses promesses
Huit heures à l’âme noire
le parisien n’est pas lève-tôt
les fenêtres s’illuminent peu à peu
je ne dors pas
me lever ne m’est ni nécessité
ni fardeau
Huit heures à la sonnerie
alors peut commencer le ballet des grues
aux ailes de cendre
derviches de métal
elles accompagnent le sifflet des merles par le grincement de leurs élytres d’acier
Comme en apesanteur
malgré leur bât
et leur long cou comme un mat du White Pearl
les tapineuses tournent
virent d’un sens à l’autre
enroulent les volutes
de nos voluptueux désirs
Ces croix cupulées
aux bras asymétriques
effilochent les brumes de ma pensée
ou la fumée de mon café
En oiseaux de mauvais augure
les sapines touchent le ciel
encagent la lune
et pointent un paradis païen à la certitude factice
Je me détourne de ces potences anthropomorphes
je les avais d’abord trouvées belles
Comme elles
il me faut aller tapiner
me déplier
me déployer
oublier qu’on m’a coupé les ailes
et plombé le cœur

Texte et photographie HB © Autobiopoèmes, Fluctuat nec mergitur

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