La voix des poètes – Non à la guerre – Nicolas Gouzy

Attestation de vie dérogatoire.

gouzy

L’amour, la mort, la pauvreté, la guerre, la souffrance ne sont plus confinés. La douleur de la vie, les malheurs que l’on tait, les violences subies, le sombre, le passé, le tu, le gris, l’ombre qui vous suit ne seront plus confinés aujourd’hui ni demain. Ni la vie, ni la prière des oiseaux au jour qui naît, ni le bleu du ciel et le soleil jaune immense, ni mes chattes, ni leurs proies délicates, ni la cloche de l’angélus qui s’obstine à couvrir d’autres tocsins. Tout se mélange dans un indiscernable bouillon de nouveau primordial, notre bouillon de culture, semence de mort ou creuset de vie. J’ai deux pensées qui ne me paraissent plus contraires aujourd’hui. Une pour ceux qui toilettent les vivants et ceux qui ne le sont plus, ceux dont je n’ose pas imaginer les gestes, les pensées, les techniques nécessaires à l’après ou bien au juste encore. Pour les milliers de mains soignantes, aimantes, toujours aidantes malgré l’âge et le temps, malgré la connerie des gens souvent, malgré leur impatience ; celles qui ne resteront pas dans leurs poches. Une autre pour ceux qui dorment dehors ou dans un dedans bombardé, pour ceux qui meurent dans la rue ou d’autres que nous avions banni, pour ceux qui traversent des guerres, des déserts et des mers pour trouver des camps, des barbelés et des murs et aussi quelques toits amicaux, pour tous ceux qui n’en peuvent plus de vivre ainsi et ceux-là non plus ne seront pas confinés, non, ils seront parqués ou refoulés. Qu’on se rassure, ils ne prennent plus l’avion pour fuir, le ciel est interdit, juste des trains, des bus, des bateaux pourris, des ambulances, des camions militaires ou bien des corbillards. Je pense à celles et ceux qui comptent en pas, pas en heures, le temps passé à continuer d’être. A celles et ceux qui comptent en vies le temps donné pour que nous puissions continuer d’exister. Des pas qu’ils ne rattraperont pas, des pas si mal perdus, si mal foutus ou bien si nécessaires. Des heures qu’ils ne rattraperont pas car désormais c’est la mort qui court loin devant la vie ; il faut la rattraper, la Faucheuse, la dépasser, la contenir, ne plus la laisser courir. Je pense à celles et ceux qui ne comptent pas le temps passé à conjurer le sort, à redonner un corps, une âme ou un esprit aux contaminés de la vie, à intuber ceux qui respirent à peine encore, à toiletter les morts et toujours à accoucher des vies. Qu’on se rassure, ils seront encore là après et toujours. A tout hasard et à toutes fins utiles, on peut leur demander pardon ou bien leur dire merci. Ma femme est infirmière. Elle va tôt le matin aux confins d’un monde qui se croit fini afin d’encourager la vie et d’effrayer la mort. Gardez le cœur et l’âme agiles.

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