Destin de femme : Seondeok, première reine de Corée inspirée et courageuse – Carmen Montet

Seondeok, une femme hors du commun

Seondeok était la première des trois filles de Jinpyeong, roi d’un état de Corée au VIIe siècle de notre ère. Comme il n’avait pas de fils, Jinpyeong choisit sa fille Seondeok comme héritière. Ce choix n’était pas si inhabituel à Silla car les femmes de cette période avait déjà eu une certaine influence en assumant des rôles de conseillères ou de régentes.

À travers le royaume, des femmes étaient chef de famille car des systèmes d’héritage matrilinéaires existaient à côté de systèmes patrilinéaires. Le statut des femmes était relativement élevé même si certaines activités leur étaient déconseillées parce que considérées comme non féminines. Le règne de cette princesse fut couronné de succès et facilita l’avènement de deux autres reines en tant que chef de Silla : Jindeok et Jinseong.

Vers 612 nait Seondeok . C’était une enfant exceptionnelle d’une vive intelligence avec des capacités sensorielles multiples et très développées. Son père l’admirait, aussi n’ayant pas de fils, il fit d’elle l’unique dirigeante de Silla. Mais son règne ne fut pas de tout repos, bien au contraire il fut même violent puisqu’elle passa le plus clair de son temps et de son énergie à combattre les rébellions qui se produisirent dans le royaume voisin de Baekje. Sa force, sa ténacité lui permirent de sortir vainqueur et d’unifier les trois royaumes de Corée pour la première fois dans l’histoire. Elle vint aussi à bout des révoltes menées par Chilsuk et Seongpum, ses voisins envieux de ses succès. Fine stratège, elle s’allia selon les circonstances, avec les uns contre les autres et avec les autres contre les uns !

Elle réussit ainsi à maintenir l’unité du royaume et envoya des émissaires royaux et des érudits en Chine comme le moine Jajang. Elle introduisit un code de chevalerie et favorisa les échanges entre jeunes Coréens et jeunes chinois. Ils s’entrainent mutuellement aux arts martiaux. Elle contribua enfin à faire reculer la pauvreté et privilégia les arts.

Comme l’impératrice Wu Zetian des Tang, elle tendait vers le bouddhisme et inaugura de nombreux temples notamment ceux de Bunhwangsa et Yeongmyosa ainsi qu’une pagode de neuf étages haute de 80 mètres au temple de Hwangnyongsa baptisé « le temple du dragon doré ». Également dans sa capitale de Gyeongju, en 634, elle fit construire Cheomseongdae, le premier observatoire astronomique de l’Extrême-Orient et le plus ancien.

Bell of King Seongdeok – Emile Bell

Pour prévenir de l’arrivée de l’ennemi elle fit fondre le bronze pur pour en faire  « la cloche divine « aussi appelée cloche Émilé ou encore cloche de Bongdeoksa du nom du temple où elle se trouvait initialement. Cette cloche, la plus grande cloche existante en Corée, avertissait du danger les coréens en cas d’attaque.

La légende

En 647 un de ses conseillers décida d’une révolte contre le pouvoir de la reine. On dit que la nuit qui précéda cette révolte, Seondeok   entendit de nombreuses grenouilles blanches coasser près de l’étang du portail du palais. C’était en hiver et la reine comprit qu’une attaque était imminente que cette attaque viendrait de l’ouest car le blanc en astronomie signifie l’ouest. Ses capacités inhabituelles à percevoir les événements avant qu’ils ne se produisent l’avaient toujours inspirée.

Pendant la révolte du sangdaedeung  Bidam, un traitre voulut sa perte. Une étoile tomba et fut interprété par les factieux comme un signe de fin du règne de la reine. Un général fidèle   lui conseilla de faire voler un cerf-volant en feu pour indiquer que l’étoile était de retour et avait retrouvé sa place dans le ciel. La guerre de communication, psychologique, existait déjà ! Les troupes des rebelles furent abusées et certains déjà voulaient renoncer à poursuivre les  combats. C’est alors que  Bidam ,ex-conseiller et traitre à la reine proposa  un plan  diabolique à ses ennemis pour la perdre.

« La reine est très sensible au malheur des pauvres et surtout au malheur des enfants n’ayant pas eu d’enfant elle-même. Nous allons enlever une femme et son petit. Nous les conduirons dans le grand jardin royal. Je connais les habitudes de la souveraine : elle se promène tous les soirs avec une dame de compagnie et un serviteur dévoué dans les allées. Nous irons à l’opposé de l’étang pour éviter que les grenouilles ne l’avertissent, mais aussi pour que le gardien de la grande cloche au haut du temple ne puisse nous voir car nous serons dissimulés derrière les arbres. On obligera la femme et l’enfant à pleurer et à implorer de l’aide. La reine s’approchera d’eux et nous, nous en profiterons pour sortir de derrière les palissades d’arbres, et nous les tuerons tous. Y compris  la femme et l’enfant aussi pour qu’il n’y ait aucun témoin !

-Comment pénétrer dans les jardins sans attirer l’attention de la garde ? Demandèrent les conspirateurs

-Nous serons vêtus avec les habits de la garde royale. Je m’en charge !« 

Tout se déroula selon ce plan. Séondeok qui se promenait ce soir-là tranquillement fut attirée par des cris et des gémissements qui la conduisirent à l’extrémité du parc. Elle n’entendit pas les grenouilles coasser et l’avertir du danger, car elle se trouvait trop éloignée d’elles. Elle vit une femme allongée par terre tenant un petit garçon dans ses bras qui pleurait :

-Reine ! Oh ma reine pardonnez-moi… Mon petit va mourir  !

La souveraine affligée s’agenouilla près de la mère. C’est alors que surgirent de derrière les arbres un groupe de dix individus. La reine crut qu’il s’agissait des hommes de sa garde mais c’étaient des traitres qui l’entourèrent et la tuèrent, elle, sa dame d’honneur, son conseiller, la mère et l’enfant.

La cousine de Seondeok prit alors sa place et mena pour la venger une guerre terrible contre les assassins et s’ensuivit une répression féroce. Le traitre fut arrêté, torturé et exécuté. Les neuf autres criminels aussi furent à leur tour exécutés Quant aux troupes rebelles prisent de paniquent elles s’enfuirent. La paix était à nouveau rétablie et pour longtemps

On dit que depuis lorsqu’il y a un danger dans ce pays, la grosse cloche se met à sonner toute seule et les grenouilles coassent sans cesser des nuits entières.

Séondéok fut enterrée à Gyeongju dans une grande tombe ronde d’une circonférence de 73 mètres. Aujourd’hui c’est un tas de terre entouré à la base par une double couche de pierre naturelle. Ce tombeau royal est encore visible de nos jours.

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