La voix des poètes- Non a la guerre ! Anne Perrin – Comme une attente

« Quand une guerre éclate, les gens disent : Cela ne durera pas, c’est trop bête. Et sans doute une guerre est certainement trop bête, mais cela ne l’empêche pas de durer. La bêtise insiste toujours… »

Albert Camus, La peste (1947)

Ce texte, je l’ai trouvé en parcourant la page Facebook de mon amie la poétesse et auteure Suisse Anne Perrin. Femme de coeur, de force, de courage, de combat et dont j’admire le franc- parlé tout comme sa merveilleuse poésie qui m’a toujours emportée.

J’ai pensé que ce point de vue sur la situation en Ukraine me semble intéressant, aussi je prends la liberté de le partager avec vous lecteurs et lectrices du blog en remerciant Anne Perrin par avance d’avoir toujours cette volonté de justesse et d’équité tant dans les propos qu’elle tient que dans ceux qu’elle partage comme le post de son amie Gisèle Sultra qui est à l’origine de ce post ainsi que de la citation de Camus merci à Anne de nous l’avoir fait partager avec l’article d’ André Markowicz qui l’accompagne

« Intéressant à lire, tout en faisant preuve de prudence, bien entendu. La guerre de la communication se fait des deux côtés, comme toujours. Cependant, des informations recoupées venant de plusieurs sources confèrent au contenu de cet article une vraisemblance certaine. »

« L’Ukraine libèrera la Russie.

Il y a un propagandiste en chef, en Russie, un journaliste mafieux, Vladimir Soloviov, l’un de ceux qui, étant toujours à l’antenne, à la télé comme à la radio, appellent à la haine de l’étranger, l’un de ceux qui formatent l’opinion des Russes qui n’ont pour s’informer que les canaux officiels (une grande majorité des gens, bien sûr). Il a perdu, à cause des sanctions, sa magnifique villa au bord du lac de Côme. Le 8 mars, il a une conversation avec un de ses invités constants, (mafieux autant que lui, mais vivant en Israël) et l’invité lui dit qu’on n’arrive à rien en Ukraine, que l’armée russe, en deux semaines, n’a pas pris une seule ville, qu’ils n’ont pris que des routes et que, si on n’avait pas l’intention d’entrer dans les villes, ce n’était pas la peine de commencer l’opération. Soloviov le laisse parler pendant un bon quart d’heure, et surenchérit : oui, reprend-il, d’autant que, maintenant, cette guerre (il dit le mot « guerre » — interdit officiellement), nous ne pourrons pas la gagner, parce que nous sommes considérés par tous comme « l’engeance de l’enfer » (sic), et, dit-il, ce que nous sommes en train de perdre, c’est la Russie elle-même…. — Cette conversation a fait le tour d’internet, en un clin d’œil, et l’émission n’est plus visible, pour des « raisons techniques » sur le site, mais le fait est là. C’est clair pour eux, ils ne peuvent pas gagner.

En même temps, le journal « Kommersant », qui appartient à Alisher Ousmanov (l’un des oligarques les plus répugnants de l’entourage de Poutine, ancien mafieux qui a fait de la prison pour viol en URSS, et qui vient de perdre l’un des yachts les plus chers au monde, sous le coup des sanctions), Kommersant, donc, publie un article indiquant que, oui, malgré ce que disait le président de la Russie, il y a bien en Ukraine, dans l’armée active, des appelés qui font juste leur service militaire. Et non seulement il y en a, mais il y en a qui sont prisonniers. Et que « monsieur Poutine » a donc affirmé, malgré lui, quelque chose de faux. Et qu’une enquête judiciaire est lancée pour retrouver les responsables de cet abus. Moi, en vingt ans et plus d’observation de Poutine en Russie, jamais de la vie je n’ai lu « Monsieur Poutine » (Gospodine Poutine). Je ne comprends pas ce que ça signifie, mais, ce qui est sûr, c’est que ce n’est pas gentil. C’est comme si Vladimir Vladimirovitch Poutine, Président de la Fédération de Russie (ça, c’est la façon normale de l’appeler, officiellement) était devenu une espèce de quidam privé, un « monsieur », bourgeois, comme les autres.

Je ne sais pas ce que ça veut dire, mais je sais que la guerre a déclenché une guerre interne ((qui devait déjà exister, je suppose — témoin les mesures d’éloignement quand Poutine reçoit, mesures qui ne peuvent pas être simplement dues au Covid). Les sanctions ont frappé les oligarques aux yachts, et ça, on comprend bien, pour eux, c’est impardonnable. Ils vivaient tranquilles, à Londres ou Monaco, ils ne s’occupaient pas de politique, ils pillaient comme bon leur semblait, et Poutine leur a fait un enfant dans le dos. Parce que, oui, tout le monde, absolument, est d’accord sur un point : chacun pensait que la rhétorique guerrière resterait rhétorique, qu’elle ne servirait qu’à aiguiser les tensions. Mais la décision de la guerre a été prise dans un cercle extrêmement restreint, voire pas dans un cercle du tout, — juste par un seul homme.

C’est comme si on préparait une révolution de palais.

Et puis, il y a la marche de la guerre. Honteuse, déshonorante pour une armée qui se prétend une des meilleures armées du monde. Il est très difficile de chiffrer les pertes. Les Ukrainiens (sans parler de leurs pertes militaires à eux — ou je n’ai rien trouvé), parlent de 12.000 tués. Ce qui est hallucinant. Je me garderai bien de dire que c’est vrai ou que c’est faux, mais, à coup sûr, il s’agit de milliers de morts (sans compter les blessés, et sans compter les pertes en matériel, gigantesques). Bref, c’est une boucherie sans nom. Non seulement une faillite sur le plan des opérations, parce que, de fait, à part Kherson et Mélitopol au sud, aucune grande ville n’a été prise, mais sur le plan logistique. L’armée ukrainienne laisse avancer les colonnes, fait sauter des ponts qui les empêchent de reculer, et attend qu’elles tombent en panne sèche, et récupère un matériel souvent intact, abandonné. Et il y a l’épisode, quasiment comique s’il ne s’agissait pas de la vie des gens, du système de cryptage de l’armée russe, le système ÉRA: les unités sont à ce point désorganisées qu’on entend les militaires russes les plus hauts placés sur le front utiliser des portables… ukrainiens, oui, avec des cartes sim ukrainiennes (confisquées à quelqu’un, sans doute, ou tout bêtement achetées), parce qu’ils ont commencé par détruire les antennes de diffusion d’internet, mais qu’ils n’ont pas pensé que, pour leur système crypté, eux aussi, ils avaient besoin d’internet… Et personne, visiblement, dans l’armée russe, n’avait pensé qu’il fallait y penser avant et arriver avec un circuit internet (je ne sais pas comment ça s’appelle) interne. Bref, leur système crypté, dont ils étaient si fiers, qui leur avait coûté si cher, ils l’ont cassés eux-mêmes. C’est, réellement, à n’y pas croire, mais c’est vrai.

Du coup, ils bombardent, par terre, et par les airs. Le président Zélinski demande à l’Otan une zone d’exclusion aérienne, et s’indigne qu’on la lui refuse. Mais, je le redis, l’Otan ne peut pas se permettre une confrontation directe avec Poutine, d’abord parce que ça lui donnerait l’occasion — très réelle, envisagée — d’envoyer une bombe atomique « tactique », par exemple sur la Pologne, — mais aussi parce que ça lui donnerait l’occasion de prouver que, réellement, c’est le monde qui agresse la Russie, et donc, de trouver un soutien national dans une population aux abois sous le coup des sanctions. La zone d’exclusion contrôlée par l’Otan serait la pire des choses à faire. Autre chose est de donner à l’Ukraine les moyens pratiques de lutter contre les avions russes — et ça, il n’y a aucun doute, ça se fera.

Parce qu’il y a les sanctions, — catastrophiques pour toute la Russie. Et qui ne feront que se renforcer si l’UE, à son tour, progressivement, se détourne du pétrole russe — ce qui fera évidemment monter les prix chez nous (et ce sera notre effort de guerre, de solidarité, avec le peuple ukrainien).

Je l’ai déjà dit, oui. C’est jour après jour. La Russie ne peut que perdre la guerre, elle ne peut que s’effondrer. Mais il y aura encore des offensives. Et le monstre détruira encore tout ce qu’il peut, et il y aura encore des centaines et des centaines de morts, militaires ou civils. — À Marioupol, hier, 9 mars, une bombe est tombée sur un hôpital d’enfants, et, visiblement, elle ne s’était pas égarée. Nous en sommes là. Ils sont, oui, monstrueux. Et ils ne connaissent qu’une tactique, celle de Grozny et d’Alep — la ruine totale.

Seulement, là, Poutine est tombé sur un os. Pas seulement les sanctions. Pas seulement sur les limites de vingt ans de ce qu’il appelait « la stabilité », — avec absolument rien qui marche normalement. Et pas seulement le front uni de l’Occident. Il est tombé sur le front uni d’un pays qui, avant, était très divisé. Il a créé cette unité. Il s’est retrouvé face à ce qu’on appelle en russe, une « voïna narodnaïa »… Et cette expression remonte à 1941. Il ne s’agit pas seulement d’une guerre », comme ils disent, « patriotique », mais à la fois « populaire » et « nationale » (puisque le mot « narod » unit les deux notions). Ils se sont retrouvés, avec leurs Z marqués sur les chars et leurs canons, dans la position des nazis. Envahisseurs, assassins de civils. Et les soldats russes, qu’on a tous envoyés sur le front avec des rations alimentaires pour trois jours, sans rien leur expliquer de ce qui se passait, ni, souvent, d’où ils étaient, restent éberlués : ils pensaient, quand ils savaient quelque chose, que les populations les accueilleraient avec des fleurs, puisqu’ils venaient les sauver des « nazis » et des « narcomanes »… et les gens les haïssent, et, héroïquement, dans des zones occupées, manifestent, face aux mitraillettes. Et ils commencent à penser réellement.

Oui, nous vivons des moments terrifiants. Pourtant, jamais nous n’avons été plus proches de changements majeurs. Et, le peuple ukrainien, par son courage inouï, non seulement continue de tenir tête, mais fait bien autre chose : à son corps défendant (c’est le cas de le dire), il lutte aussi pour libérer les Russes. Parce qu’il faut faire tomber Poutine. Il faut qu’il parte, ou qu’il meure. Il faut que la Russie change. L’Ukraine, je veux le croire, libèrera la Russie. »

André Markowicz

Comme une attente
ce trouble ému
en signe de consolation
dans les nuits rouges
le mot se prie
en d’indicibles tourments
à l’éveil des coeurs
le silence se perpétue
tant le noir fait écho
Comme une douceur
pour apaiser
dans le tragique sempiternel
loin des permanences
faire surgir
cette lumière de paix
en ces pas immenses
il faudra
trouver le chemin
afin de rompre
toute hostilité
dans l’harmonie
tant désirée
Comme une prière
qui s’élève au ciel
à l’apogée des âmes
de l’humain nous ferons ce divin
souhait.


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