Carnet de voyage : LA BELLE GUINEE – Julie Ladret

7 Mai 2018

6. La cérémonie des Initiés

Sur les berges d’une illusion infinie, l’enfant ferme les yeux aux reflets magiques de la forêt. La lumière transperce le feuillage, ouvrant des trouées de soleil sur son tendre visage…

Sa mémoire imprègne tout son corps du langage du bois, de l’enseignement de la vie à la vie.

Témoin de l’aurore, l’enfant devient femme parmi ses mères puis mère parmi ses enfants. Une destinée dessinée par l’éternité… Bientôt, le cercle incessant se refermera autour de sa poitrine comme ce pagne au fardeau juvénile.

Demain, elle dansera nue devant les siens. Une fleur d’ébène au torse naissant de féminité.

Elle dansera de tout son corps, de toute son âme excisée, sous l’ordre impérieux du bois et du tam-tam…

Puis les garçons circonscrits entreront dans la danse aussi, un bâton mystique en main pour chasser les esprits malins. Une épreuve de force pour faire jaillir une masculinité pénétrante…

Vêtu d’un habit rouge au bonnet pointu, une mue d’enfant tombe à terre découvrant l’homme de huit ans essoufflé par ces rythmes qui hantent la mémoire tribale…

Le sang des martyres se mélange à une tradition animiste ancestrale…

L’excision

Les mélopées s’envolent vers l’envie impérieuse de danser. Elles bercent les vivants et ravivent les morts, elles enferment à jamais l’initiée dans une transe infinie…

L’enfant cri…Une flaque de sang perdue dans une forêt luxuriante…La douleur de l’enfance fait pâlir la superbe mère…Son sein se tari, se froisse. Une vieille femme apparaît dans l’ombre de la féminité un couteau souillé en main…

Couverte de nuit, l’enfant au boubou noir mal taillé à un triste regard…Rien ne sera comme avant, rien ne comblera ce vide creusé dans sa vie…

Elle est une fleur cueillie trop tôt dans un marché foisonnant d’hommes et de bêtes, livrée à ceux qui ont l’envie brutale au bas du ventre…

La lumière revient et panse chaque blessure, elle compte le nombre de coups et relève l’enfant…

La vie renaît toujours, autrement mais toujours…

La terre est imbibée de vin de palme, les assaillants nocturnes ont fait honneur aux ancêtres…Le sang s’écaille sous la chaleur naissante…

Tout s’éveille au chant du coq, de l’Imam et des églises sans cloches… Une prière pour pardonner à la nuit d’être encore venue ravir l’enfance…

La mémoire est implacable, elle revient chaque soir de noce et d’enfantement raviver cette douleur….

Carnet de voyage : LA BELLE GUINEE - Julie Ladret

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