Souvenirs de Stéphanois : DERNIERS TOURS DE PISTE ( du Vélodrome de Saint Etienne )

Le velodrome -1925

Si ce jour de l’Ascension en mai 1959 fut bien la dernière date d’ouverture au public du vélodrome, l’Ecole des Pistards dirigée par Charles Bargoin et à laquelle j’appartenais  survécut encore deux ans, la démolition du bâtiment n’intervenant qu’en 1961 ( décidée par la municipalité d’Alexandre de Fraissinette à 16 voix contre 12 ) avec la promesse d’en reconstruire un autre !

La destruction de l’édifice se justifiait par son état, et, lors des travaux, des spécialistes se  rendirent compte qu’il n’aurait pas tardé à s’écrouler tout seul. Durant cette période provisoire, un arrêté municipal affiché sur la porte de la rue Denis Papin autorisait les entraînements avec un nombre restreint de personnes à l’intérieur, je crois me souvenir qu’il s’agissait de quarante.

Mais revenons à cette triste journée du 24 mai 1959…

Dans le cadre de la Fête de la Jeunesse une réunion internationale juniors (Italie-Allemagne-France) avait été organisée sur le même mode que les rencontres omnium chez les pros. Les deux meilleurs d’entre nous (sans aucune contestation possible), Flachat et Monnet, furent chargés de représenter la France face aux étrangers, et notamment aux deux Italiens qui avaient un niveau impressionnant.

Fête de la Jeunesse au Vélodrome de 1946-1959

Avant l’orage, les premières épreuves purent se dérouler normalement. Au bord de l’anneau de bois nous encouragions nos représentants depuis la plate-forme non accessible au public qui se trouvait au niveau de la piste, à l’intérieur du virage opposé à l’entrée, et sur laquelle débouchait l’escalier donnant accès au sous-sol vers les garages à vélos où étaient également remisées les motos.

Lorsque les éléments naturels se déchaînèrent la verrière en mauvais état montra sa faiblesse et, l’eau tombant sur une partie de la piste, la réunion cycliste fut interrompue définitivement.

La fête de la jeunesse proprement dite se poursuivit encore un petit peu, au niveau du sol, au centre de la piste, en contrebas.

Dans les gradins, de nombreux spectateurs avaient ouvert les parapluies tandis que d’autres avaient déjà quitté les lieux car les fuites se multipliaient et leur intensité augmentait sans cesse.

Au début de l’après-midi nous avions salué Monsieur André Chabot, directeur du vélodrome depuis 1948, qui remplissait normalement ses fonctions et nous gratifiait souvent de sa visite.

Avant la guerre, il était entraîneur pour les courses derrière motos. Son partenaire habituel qui excellait dans cette discipline, en profitant de son sillage, se nommait Claudius Faure mais n’avait aucun lien de parenté avec Benoît Faure, autre champion stéphanois. Dans le milieu cycliste ce genre de coureur répond à l’appellation de stayer.

Après cette parenthèse, revenons à ce jour de l’Ascension 1959.

Le velodrome  » aux beaux jours « 

Un peu plus tard dans l’après-midi Charles Bargoin vint nous annoncer que Monsieur Chabot, fortement choqué par ce qui était en train de se passer, avait fait un malaise et qu’on l’avait reconduit à son domicile tout proche. Il désirait la visite de deux ou trois d’entre nous qu’il avait désignés et ceux-là se rendirent donc à son chevet.

En formulant cette demande, il pressentait sans doute que ce malaise lui serait fatal et pour lui c’était une façon de dire adieu aux cyclistes, mais nous n’en avions pas pris réellement conscience sur le moment.

Le destin d’un homme et le sort de l’édifice auquel il était tant attaché venaient de basculer dramatiquement ce jour-là, et c’est sur les lieux mêmes que quelques jours plus tard fut exposé son cercueil.

Jean-Paul Clair

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